Ryuhei Tamura à Japan Expo 15 [conférence]

Ryuhei Tamura à Japan Expo 15 [conférence]

Pour la quinzième édition de Japan Expo organisée comme à l'accoutumée au Parc des Expositions de Villepinte, l'un des invités était une étoile montante du Shônen, Monsieur Ryuhei Tamura, l'auteur de Beelzebub !

 

 

Entre dédicaces et interviews, le mangaka a donné la traditionnelle conférence sous forme de questions/réponses à découvrir ci-dessous en synthèse. Au programme, ses inspirations pour son manga Beelzebub, plus de détails surston travail de mangaka et quelques anecdotes croustillantes
En bonus, il était accompagné de son éditeur, Monsieur Manji. En revanche, les photo et vidéo du mangaka et de son éditeur étaient interdites, mais vous aurez droit à une photo du dessin qu'il a réalisé en live, à la fin de l'article. 

 

I. Le parcours de Ryuhei Tamura

Ryuhei Tamura dessinait déjà des illustrations quand il était petit mais il a eu la flamme pour le métier de mangaka lorsqu'il vit l'un de ses amis à l'école primaire qui dessinait des pages de manga. De plus, il vivait dans un environnement propice puisque sa mère, elle-même fan de manga, en ramenait beaucoup à la maison qu'il lisait donc. Tout ce contexte fit donc qu'il se passionna pour le manga d'abord en redessinant ses personnages préférés issus de manga cultes tels que Dragon BallChevaliers du Zodiaque (Les) et Captain Tsubasa.
Pourtant il ne s'est pas directement orienté vers le manga. Il a d'abord commencé des études en animation après le lycée, une expérience qui lui a permis de se rendre compte qu'il avait plus de motivation pour le manga. Il abandonna l'animation pour se tourner vers le monde du manga.

         

Il entra en contact pour la première fois avec le milieu du manga professionnel à l'âge de seize ans, par le biais du magazine Shonen Gangan (édité par Square Enix) à qui il avait envoyé des planches de type Yonkoma (strips comiques de quatre cases) sur le thème de Dragon Quest, étant fan de Dragon Quest - Emblem of Roto notamment. Divers prix pouvaient être remportés pour ceux qui envoyaient leurs planches, il reçut pour sa part le prix le plus bas (nous confie-t-il en riant  ).

C'est à l'âge de vingt ans après avoir quitté son école d'animation qu'il décroche son premier contrat de publication officielle. Il avait alors participé à un concours organisé par Shonen Jump (magazine édité par Shueisha). Shonen Jump étant le magazine N°1 du Japon, il lui fallait absolument tenter sa chance pour y faire publier une série.
Comme pour tout mangaka, avant de publier une série, il a tout d'abord proposé une histoire courte et complète (one-shot) parue dans le magazine. Ce n'est qu'après les votes des lecteurs et le degré de succès qu'a rencontré ce one-shot que l'éditeur propose à l'auteur d'en faire une série. Il avait participé au Golden Future Cup, concours interne de l'éditeur Shueisha, aux côtés d'autres auteurs plus expérimentés que lui qui espéraient aussi une série éditée et il a gagné sa publication. 

 

Pour élaborer son manga, il a d'abord réfléchi au lectorat auquel il s'adressait pour son manga, qui ce qui fait la différence entre amateurs et professionnels. L'un fait vraiment ce qu'il aime, l'autre fera plus en fonction de la réception du lecteur de son manga, ce qui fait évoluer la manière de penser son histoire.
La pression qu'il a ressentie était énorme car figurer dans ce magazine, Shonen Jump, qui a lancé tous ses auteurs préférés est incroyable pour lui. Ryuhei Tamura nous racontait que lorsqu'il lisait les numéros de Shonen Jump où paraissaient ses pages, il zappait son chapitre par honte ^^. 

 

II. Le travail de mangaka à travers l'expérience de Ryuhei Tamura

Sa semaine de travail s'organise de la manière suivante : le premier jour, il a une réunion avec son éditeur où ils déterminent le découpage, la composition du chapitre à venir et la répartition du travail pour la semaine. Les trois jours suivants, Ryuhei Tamura procède à la réflexion sur le découpage des pages. Puis les autres jours de travail sont consacrés au dessin du chapitre avec ses assistants. Ces derniers arrivent à 9 heures du matin et le travail se prolonge tard le soir jusqu'à 3 heures du matin souvent et ce, pour tous les jours de travail. Le dernier jour, une fois les planches finies, il appelle son éditeur en lui disant réellement « Ramène-toi, viens chercher les planches ! » et Manji, son éditeur, lui répond : « quoi qu'il arrive, je viens récupérer les planches et nous passerons à la réunion pour le chapitre suivant ! ». En fin de compte Ryuhei Tamura n'a aucun jour de repos, bien qu'il aimerait en avoir. Il remercie Japan Expo de l'avoir invité en France !
La question suivante était de savoir si Manji intervenait-il parfois directement sur la planche. Manji nous répond qu'ils font un entretien pour discuter du chapitre à réaliser, Tamura fait tous les Name (les crayonnés très rapides déterminant le découpage des pages) et les lui montre. Manji lui fait ses remarques et Tamura corrige ensuite selon ce qui lui convient.
La relation entre éditeur et mangaka varie d'un magazine à l'autre. Dans Shonen Jump, les deux sont complémentaires, l'éditeur est très impliqué dans le manga de ses auteurs, comme si c'était son propre manga.
Ensuite, voyons comment se répartit le travail avec ses assistants. Un système de roulement a été mis en place pour qu'il y ait toujours six assistants à travailler par jour. Les journées étant très remplies, on ne peut pas leur demander de travailler vingt heures d'affilée. Les rôles sont distribués ainsi :

  • quatre assistants s'occupent des arrière-plans
  • un assistant réalise les effets (traits de vitesse, etc.)
  • un assistant effectue la pose des trames

Le mangaka attend généralement de l'assistant une bonne aptitude au dessin et une capacité d'adaptation.
L'interprète demande au mangaka s'il y aurait possibilité qu'il engage des assistants français dans son studio. Ryuhei Tamura répond qu'il lui faudrait alors apprendre le français et inversement, mais il en serait très heureux! 

 

III. Le succès et les inspirations de Beelzebub

Suite au succès de Beelzebub, une adaptation en anime a vu le jour ; Ryuhei Tamura en a été très heureux, mais pour lui il s'agit de deux choses indépendants, il doit en conséquence s'efforcer de faire aussi bien que l'anime pour la suite du manga.
Beelzebub venant de se terminer au Japon, Ryuhei Tamura a d'abord ressenti de la tristesse au moment de dessiner le tout dernier chapitre mais il n'a pas totalement terminé car il continue à faire des chapitres hors-série. Pour ses projets futurs, il pense déjà à des idées mais pour le moment il reste encore dans l'univers Beelzebub.
Son manga comporte beaucoup de références aux jeux vidéo (l'interprète cite notamment Dragon Quest et Metal Gear, ce qui surprend le mangaka), Ryuhei Tamura était en effet un gamer ayant passé beaucoup de temps sur Dragon Quest étant plus jeune. Aujourd'hui, il ne joue plus beaucoup aux jeux vidéo et tendrait plutôt vers le jeu de baston.
D'ailleurs, le jeu de baston J-Stars Victory VS est sorti en mars 2014 au Japon avec les héros du Jump et à la bonne heure, ceux de Beelzebub, côtoyant Naruto ou bien Sangoku. L'idée de voir ses personnages avec les autres a procuré un plaisir incomparable pour Ryuhei Tamura, sachant en plus qu'Oga, le héros de Beelzebub, est un fan de Sangoku. Pour la petite histoire, les développeurs du jeu se sont demandé s'ils n'allaient pas donner des répliques respectueuses à Oga lorsqu'il s'adresse à Sangoku en combat : « Goku-san » (lire cet article pour l'explication du suffixe « –san ») mais ils ont laissé tomber l'idée en se disant que ça ne le ferait pas.

         

Beelzebub étant un manga mettant en scène énormément de voyous, il a été question de savoir si Monsieur Tamura a été l'un d'eux, mais il nous avoue en riant qu'il ne n'en faisait pas partie et qu'il était plutôt du genre à changer de trottoir en en croisant
De plus, il n'a jamais lui-même pratiqué de sports de combats, mais il a regardé un bon nombre de films d'arts martiaux (ceux de Jackie Chan notamment). 

 

IV. Les questions du public à Ryuhei Tamura 

Nous voici à la deuxième partie de la conférence : les questions du public qui ont été posées en live. Voici ce que nous avons appris de plus :

1/ La première a porté sur la pression que le classement des mangas dans le Shonen Jump implique. Ryuhei Tamura s'est surpris qu'on lui pose une telle question de spécialiste. Quand on apprend que son manga a un mauvais classement, on déprime d'abord beaucoup, mais on réfléchit ensuite aux améliorations à envisager.
2/ On lui a demandé ensuite quel était le travail le plus difficile entre rendre ses planches de manga à l'heure et être le baby-sitter du fils de Satan (en référence à Baby Beel). Tamura répond sans hésiter qu'il est beaucoup difficile d'être baby-sitter du fils de Satan car à la moindre crise de larmes, on risque la mort (étant donné les pouvoirs de foudre de Baby Beel !).
Pour conclure, le fan lui a demandé s'il était prêt à faire un pacte avec un démon pour faire un manga, Tamura serait tenté d'accepter ^^
3/ L'idée de l'histoire de Beelzebub lui est venue en se demandant comment rendre intéressant un manga de voyous. Le concept du bébé que le héros promène sur son épaule lui a semblé pertinent, non pas pour faire différent des autres absolument, mais plus parce qu'il en avait envie.
4/ Il lui est arrivé très peu de fois, se comptant sur les doigts de la main, qu'un chapitre de Beelzebub soit classé devant les grosses licences telles Naruto ou One Piece, ce fut alors un plaisir incommensurable pour lui.
5/ On le questionna ensuite sur la manière dont il accentue les codes du Shônen manga pour les renverser, est-ce une volonté dès le début de sa part ou a-t-il amplifié la chose au fur et à mesure en voyant que ça marchait. Ryuhei Tamura rétorqua qu'en fait il ne pense pas être sorti des canons, il est resté dans le Shônen classique. Toutefois, lorsque Beelzebub a été publié, le lectorat du Jump était plus âgé qu'auparavant, il a donc dû prévoir de la nouveauté.
6/ La fin de Beelzebub n'a pas été causée ni par la baisse de popularité dans le classement ni par une volonté dès le début par l'auteur. Tamura a pris la décision du moment de la fin de sa série en cours de publication. En effet, très peu d'auteurs savent d'emblée comment va finir leur manga, il a décidé de cela en cours de route. Le classement du manga était effectivement moins bon mais il a atteint les objectifs qu'il s'était fixés. Manji ajoute que quand Tamura l'a informé de sa volonté de mettre fin à Beelzebub, il a compris ses arguments. Un éditeur peut faire continuer une série à l'infini mais il a accepté le choix de Tamura qu'il acquiesçait.
7/ Pour la suite, Ryuhei Tamura veut travailler sur un autre projet mais il envisage de faire un spin-off de Beelzebub ou bien une saison 2.
8/ En ce qui le concerne, il a peu de relations avec les autres auteurs du Jump. Il a quelques amis bien sûr, comme l'auteur de Food Wars ! - Shokugeki no Soma mais il a globalement très peu le temps de sortir. Parmi les séries actuelles du Jump, il est un amateur de Hunter X Hunter qui a repris récemment sa publication.

         

              

9/ Ryuhei Tamura dose les séquences d'action et de gags selon ses humeurs. Il est du genre à se lasser très vite de tout, il ne peut faire tout le temps la même chose sinon il en a marre. Il est heureux que le visiteur de Japan Expo lui ayant posé la question ait trouvé son équilibre combat/humour bon
10/ Section potin ensuite avec un fan qui lui a demandé avec qui Oga, sortirait entre Hilda et Kunieda Aoi ; néanmoins, aux yeux de Ryuhei Tamura, Oga reste un garçon de onze ans pour toute sa vie, il ne l'imagine même pas avec une fille.
11/ Ryuhei Tamura apprécie beaucoup GTO (Great Teacher Onizuka) mais les ressemblances potentielles entre ce manga et le sien sont fortuites. Étant donné que les deux mangas traitent du même genre, ils possèdent forcément des points communs.
12/ Lui a été posée ensuite la question de l'inspiration pour la création de ses personnages. L'auteur réfléchit pas mal avant de répondre. Bien sûr il s'inspire des autres mangas, mais il n'a pas de référence précise à indique.
On lui a aussi demandé si le personnages de Saotome était inspiré de Snake (de Metal Gear). Ryuhei Tamura admets qu'ils ont une ressemblance, mais il pensait plus à du Final Fantasy en le créant.
 13/ Enfin, pour conclure la séance des questions du public, on lui a demandé quelle relation avait-il avec ses personnages. Ryuhei Tamura entretient un rapport de père à enfants avec ses personnages. Oga serait aussi comme un pote de par ses comportements qui lui ressemblent. 

 

V. Dessin de Ryuhei Tamura en direct

La troisième et dernière partie de la conférence était la séance dessin de l'auteur sur une feuille que je dirais au pif format raisin.

         

Il avait apporté le même matériel qu'à son atelier pour réaliser cette illustration en direct. Il réalise d'abord le crayonné avec ce qui semblait de loin un simple crayon Conté (vous savez, ceux ultra relou à effacer %)), son trait est très léger rapide, il dessine avec précision et va tout de suite dans le détail. Il n'a pas gommé une seule fois pour son crayonné qu'il a encré avec un Fude Pen, un stylo-pinceau qu'il n'utilise que pour les illustrations et pas pour ses planches. Une fois l'encrage terminé, il a gommé tous les traits au crayon avec une gomme mie de pain. Puis il est passé au placement des ombres avec le même stylo-pinceau, faisant ses traits d'ombres tous en oblique dans le même sens.
Pendant qu'il dessinait, l'interprète lui demande qu'il a eu une nourrice telle qu'Hilda quand il était petit. Ryuhei Tamura répond qu'il n'en a jamais eu de violentes comme elle

 

Pour clôturer la conférence, Ryuhei Tamura nous a tous remerciés, très heureux également du prix qui lui a été décerné en France l'an passé.

 
    La salle de conférence au moment des prises de photo du dessin, Ryuhei Tamura et son éditeur étaient déjà partis.

Vous êtes ici