Reine des rêves (La)

Reine des rêves (La)

Titre original: 
Queen of dreams
Pays d'origine: 
Inde
Éditeur original: 
Doublebay, Random House
Éditeur français: 
Philippe Picquier
Date de sortie originale: 
2003
Date de sortie en France: 
Mars 2006
Traducteur: 
Rani Mâyâ
Nombre de pages: 
349
Prix: 
15€

Avis

"Ce roman réussi à me conquérir en quelques pages :
- d'abord le titre et la thématique de l'histoire : l'importance des rêves
- puis une citation d'Haruki Murakami (écrit Haruko. Les aléas de l'édition, titre non traduit, bref aucune référence à la concurrence ^^), qui met le roman sous les meilleurs augures (bien que je n'ai jamais lu d'Haruki Murakami...)
- en lisant les premières pages on se rend tout de suite compte que l'écriture est très belle, riche en comparaison et métaphores. Je vais sûrement pouvoir ponctuer mon avis de citations
- il y a une alternance des narrateurs : le journal des rêves tenu par la mère, sa fille Rakhi, et le narrateur. Chacun étant maître du chapitre dans lequel il se trouve. Ce procédé n'est pas sans rappeler Joueuse de go (La).
En bref un départ sur les chapeaux de roues !!! 

L'histoire flotte entre eux dans l'air du soir.

Par où commencer ? Tout d'abord, l'histoire n'est pas sans rappeler le film Vous avez un message où la librairie est remplacé ici par un salon de thé. En effet un des bouleversement de la vie de l'héroïne va être l'ouverture d'un gros concurrent juste à côté. C'est le seul point commun, mais ça se ressemble quand même De plus il y a le côté ''Hugh Grant' au sens ou on retrouve le même genre de portrait de femme que dans les films avec cet acteur : femme moderne, jeune mère célibataire ou divorcée. On retrouve toutes ces figures ici. Je vous rassure, ici il n'est pas vraiment question d'intrigue sentimentale. Rakhi essaye avant tout de se remettre de son divorce avec Sonny (DJ), et de trouver de la stabilité pour sa fille (Jona), à cause de la garde-alternée.  

Si ce roman s'en tenait à ça, on aurait vite fait le tour. L'aspect ''mère'' n'est qu'une partie du livre. Rakhi a également pour loisir la peinture, qui tient une partie non négligeable dans sa vie.  

L'autre chose importante est tout ce qui concerne le salon de thé (qu'elle tient avec son ami). Elles vont devoir se creuser les méninges pour trouver une parade à la chute alarmante du nombre de leur clients. Divakaruni réussi vraiment à nous impliquer, on souffre avec eux, et lorsqu'il est question de plats indiens, ça donne vraiment envie d'y goûter ! Rien que pour ça il faut lire ce livre !

Concernant l'aspect ''indien'' du livre, celui-ci se passant en Californie, Rakhi étant né sur le sol américain, elle est coupée de ses racines, d'autant plus que ses parents ont refusé de lui parler de leur pays. Pour elle, il s'agit presque d'une crise identitaire, ou du moins une recherche de des racines. Pour nous lecteur, outre la relation riche en conflit avec sa mère, c'est une facilité d'accès, au sens où on est pas abreuvé de termes indiens.  

Et enfin (et surtout ?) il y a l'aspect onirique. La mère fait des rêves prémonitoires, elle aide aussi les gens a interpréter leurs rêves. Attention cependant, on est bien loin de la la rationalité de Freud, car elle peut également entrer dans le rêve des autres, ou acheter les cauchemars pour apaiser ses clients ou ses proches. On va également suivre au travers du journal intime de sa mère, écrit avant le début de l'histoire, qui revient sur une période plus ancienne encore, ses années de formation etc.  C'est tout simplement extraordinaire, mais tout ceci se fait de façon humble, ou sur le mode de l'évidence, et non de façon tape-à-l'oeil ou grandiloquente (à la façon du manhwa (f=1235]), de sorte que cet aspect de ''guérisons onirique'' est presque secondaire, presque. Mais la grand-mère, la mère, la fille sont toute trois affectées par ce pouvoir de façon différente...
Le côté surnaturel n'est pas trop prononcé, ce qui est d'autant plus agréable. On pourrait presque croire que ce n'est que de la superstition.  

Globalement c'est un récit en trois temps, je n'ai couvert que la première partie dans cet article, je vous assure que la suite est un régal et vous la laisse découvrir. Divakaruni montre la grande maîtrise des on récit en choisissant trois narrateurs différents, ce qu'ils disent ne se recoupe pas, au sens où l'on n'a pas la même scène qui est rejouée. C'est une écriture par petites touches. Mais tous ces petits éléments prennent une proportion qui fini par dépasser les personnages. De plus le livre est ponctué de véritables moments de grâce.  

"Il y a des preuves, a-t-elle-dit. Mais demander qu'on vous les donne, c'est comme vouloir la preuve qu'une assiette en verre se casse. Cela te convaincra, mais on ne pourra pas rassembler les morceaux."

Si Kim Young-ha (Mort à demi-mots (La)) est le Murakami Ryu japonais, alors Chitra Banerjee Divakaruni est l'Haruki Murakami indienne. Beaucoup plus abordable et conforme à ce qu'on pouvait attendre (comparé à Freedom Song qui fait un peu hors-sujet à côté), très bien écrit, tout aussi bien construit que passionnant. En un mot c'est bien sur toute la ligne !
Je lui mettrais un coup de coeur quand j'aurai lu du Murakami Haruki et d'autres livres de Divakaruni pour apprécier ce roman à sa juste valeur ;)" 

Docteur Spider, remercie la Librairie Le Phénix de lui avoir prêté, 10/03/07

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