United Red Army

United Red Army

Titre original: 
Jitsuroku rengô sekigun: Asama sansô e no michi
Pays d'origine: 
Japon
Genre: 
Maoïste
Éditeur français: 
Blaq Out
Date de sortie originale: 
2007
Date de sortie en France: 
6 mai 2009
Durée: 
190 minutes
Support: 
Cinéma, DVD

Avis

"Ah l'armée rouge japonaise, j'étais tombé plus une moins par hasard sur les pages wikipedia qui en parlaient, et l'annonce de la projection de ce film est arrivée à point nommée. De plus, Koji Wakamatsu n'est pas un réalisateur inconnu, puisque j'avais eu l'occasion de voir Ecstasy of the Angels. J'avais par contre raté la sortie l'année dernière de Quand l'embryon part braconner qui avait provoqué le scandale. N'étant pas sûr que l'opportunité se représenterait, j'ai foncé. 

L'armée rouge japonaise, tout comme l'armée rouge allemande à la même époque (la bande à Baader), est composée d'étudiants maoïstes, qui prônent la révolution armée immédiate des prolétaires.  

Le film ne s'intéresse qu'à la branche japonaise restée au pays, et pas à leurs "activités" dans les autres contrées (Palestine, Corée du nord etc). 

La première partie du film est composée principalement d'images d'archives, commentée, sur fond de musique rock. Cette partie revient sur le contexte du Japon : les occupations de fac en 68, les manifestations contre la guerre du Vietnam, contre les troupes américaines sur le sol japonais, dans un contexte de croissance au beau fixe. Le tout est entrecoupé de reconstitutions. On commence à suivre ceux qui formeront les rangs de l'armée rouge unifiée

Qui dit unifiée, dit division. Plusieurs groupuscules radicaux se créent à cette époque là. Deux principaux vont s'allier. Dans la deuxième partie du film, on va se focaliser sur l'entraînement militaire commun entre ces deux groupes, et l'enseignement du maoïsme. L'entraînement passe également par l'autocritique, qui doit permettre à chacun de tirer une leçon de ses erreurs et ainsi affermir sa radicalité. Sauf que ce déballage en famille est un prétexte à l'élimination des plus faibles, des dissidents qui remettent en cause l'autorité de leurs chefs autoproclamés et sadiques. Ainsi on assiste à des séances de torture tant psychologiques que physiques. En un mot autocritique, autocritique, autodestruction.  

 

 

Ce sont vraiment des scènes dures, on souffre avec les personnages, car ça va très loin dans la souffrance, jusqu'à l'automutilation, l'autopunition. On se demande à quoi tout ça rime, et si ils ne feraient pas mieux de s'intéresser à l'ennemi extérieur plutôt que de s'entretuer. On voit que ce système "d'autocritique" fonctionne parce que ces jeunes sont maintenus dans la peur, parce qu'ils sont maintenus dans l'obéissance, parce qu'ils sont castrés, tant sur le plan sexuel (relations sexuelles interdites car bourgeoises) que psychique. Les analyse de Reich sont à reprendre. Et ça ne s'arrête pas en plus: "il faut une autocritique encore plus intense" disent-ils ! Du coup certains meurent sous les coups (soit-disant ils devront renaître), d'autres décident de s'enfuir. Ça fait très secte.  

Les situationnistes avaient tapés dès le début sur les maos. Ça donne des films comme La dialectique peut-elle casser des briques ? (1973) qui parodie le genre de scène que montre United Red Army. Avec ce film, on a une idée de ce que peut donner le maoïsme à l'échelle d'un pays.  

En bande son, outre la musique rock déjà mentionnée, L'internationale pour la première partie (en japonais bien sûr), et Le temps des cerises, fameuse chanson écrite après la Commune de Paris. Ça met de l'ambiance. 

En troisième partie, on assiste a un siège dans une auberge où 5 membres de l'Armée Rouge prennent en otage une femme. Ils sont encerclés pendant plusieurs jours. La police fait venir les parents qui leur lance des appels du type "Nixon a été serrer la main de Mao, la fête est finie les enfants." Ça fait enrager. C'est un long affrontement, qui reste très intense. Qui va craquer ?  

Le film est tourné avec de petits moyens, si l'on en juge par l'absence de décors. Par exemple, toute la dernière scène est tournée dans un séjour de studio (mais c'est la baraque de Wakamatsu si j'ai bien compris mes cyberlectures), avec plein de fumée et de la flotte. C'est cheap, précaire dirons-nous, mais ça fait mouche.  

Un dernier mot : dans la dernière partie -l'état de siège- il y a en conséquence un rationnement de la nourriture. L'un des leurs est surpris en train de grignoter un cookie. C'est la scène du "cookie contre-révolutionnaire" qui a fait sourire tout le monde tant un tel entêtement semble absurde au vu de la situation, ils seront peut être mort dans les minutes qui suivent. Absurde, et pourtant c'est une situation que l'on peut vivre. Tenant un piquet de grève à ma fac cet automne, une nana est venue me demander si elle pouvait entrer pour s'acheter un café. Je lui répond que non. Elle me dit qu'elle n'est ni pour ni contre mon action, elle veut juste s'acheter un café et ressortir. Je lui répond qu'en tenant absolument à rentrer peu importe son motif, elle devait comprendre qu'elle se positionnait contre le piquet. Son café était donc hostile au piquet. Voilà comment on passe pour un khmer rouge

United Red Army est un film fort, qui fait cogiter." 

Docteur Spider, 20/04/08

En France, ça donne Chinoise (La)

Commentaires

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