Végétarienne (La)

Végétarienne (La)

Titre original: 
채식주의자
Auteur(s): 
Pays d'origine: 
Corée du sud
Éditeur original: 
Changbi Publishers
Éditeur français: 
Serpent à Plumes / Livre de Poche
Date de sortie originale: 
2007
Date de sortie en France: 
2016
Nombre d'éditions en France: 
2
Traduction: 
Eun-Jin JEONG et Jacques BATILLIOT
Nombre de pages: 
208/216
Prix: 
18 euros ou 6,60 euros selon l'édition

Avis

Notre vie peut-elle basculer à cause d'un rêve ? C'est ce qu'imagine Han Kang dans La végétarienne. 

En première lecture, le livre se présente comme un recueil de nouvelles : la première, qui donne son titre à l'ouvrage, narre la façon dont une femme décide subitement d'arrêter de consommer de la viande. « La tâche mongole » raconte quant à elle comment un artiste vidéaste parvient à réaliser un fantasme sexuel. Enfin, dans « Les flammes des arbres » il est question de ce qu'une femme vit après que sa sœur et son mari aient commis l'irréparable. 

Il s'agit de trois histoires qui sont écrites dans des registres différents : la première est le témoignage d'un mari déconcerté, la seconde est une évocation stimulante et pertinente de ce qu'est l'inspiration artistique, la troisième est une narration mélancolique. 

Notre intérêt pour La Végétarienne a fait un bond lorsque nous avons compris que la deuxième nouvelle était la suite de l'histoire racontée dans la première. Ce qui change, c'est que l'accent n'est pas mis sur le même personnage. Ainsi, nous nous sommes demandés : jusqu'où cette deuxième partie ira-t-elle dans la narration de ces relations tortueuses ? Et surtout, qui sera le troisième personnage qui aura la lourde tâche de clôturer le livre ? Ce procédé narratif permet à l'auteur d'articuler des ellipses, avec leur révélation, plus tard dans notre lecture, et de créer un certain suspens. 

Han Kang dépeint quatre personnes ordinaires : une femme au foyer, un employé, la propriétaire d'un petit magasin de cosmétique, un artiste vidéaste. On suit leur quotidien. Chacun témoigne que sa vie est en apparence morose. Dernière cette image bien calme, l'auteur plonge dans les recoins de l'âme coréenne : plusieurs ont des envies de meurtre, de suicide. D'où viennent ces pulsions si violentes alors que tout semble aller si bien ? 

La réponse semble simple : Les femmes sont confinées à la gestion du foyer, et les hommes « travaillent comme des dingues ». Chacun étouffe, a « soif d'oxygène ». Il faut « garder la face » , encaisser. Ainsi, derrière les apparences de tranquillité et de stabilité du couple, se niche beaucoup de 

déception et de frustration. La société coréenne est en fait extrêmement violente, mais il s'agit d'une violence sourde. Dans le récit, deux des femmes nous confient que leur mari les viole plutôt qu'ils ne leur font l'amour. Cette image du viol, réapparaît dans la figure du père militaire, un vétéran de la guerre du Vietnam, qui cherche à introduire de force de la nourriture dans la bouche de la végétarienne. 

Les coréens sont violés, les militaires décident encore de nos vies. Voilà l'image frappante qui ressort de notre lecture de La Végétarienne. Cette image d'un pays dont les matins n'ont rien de calmes, est-elle largement partagée par les coréens de la génération de Han Kang ? 

Docteur Spider, 15/10/17

À savoir qu'un film a été adapté de ce roman 

 

Inscrivez-vous ou connectez-vous à votre compte pour laisser un commentaire.

 

Vous êtes ici