Traité comme une bête : Compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae

Traité comme une bête : Compte rendu des 22 jours de captivité de Kim Keun-Tae

Titre original: 
Jimseung eui sigan (짐승의 시간)
Auteur(s): 
Genre: 
Historique, drame, psychologique
Éditeur original: 
Bori publishing
Éditeur français: 
la Boîte à Bulles (collection Contre-cœur)
Date de sortie originale: 
2014
Date de sortie en France: 
4 septembre 2019
Nombre de tomes: 
1 (one-shot)
Nombre de tomes sortis en France: 
1
Nombre d'éditions en France: 
1 grand format
Traduction: 
Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel
Couverture: 
souple, glacée mat, avec rabats
Nombre de pages: 
576
Prix: 
30€

Avis

L’image commune que l’on a de la Corée est prosaïquement: dictature (pseudo) communiste au nord, démocratie occidentalisée au sud. Avec ce manhwa, plongée glaçante dans une Corée du sud encore totalitaire il n’y a pas si longtemps que ça...

Comme en Chine avec par exemple la tragique affaire Tiananmen, la Corée du Sud a connu aussi à l’époque sa vague de manifestations estudiantine contre le régime militaire. Nous suivons l’un des opposants au gouvernement, dans son quotidien. Le début s’avère plutôt tranquille, davantage axé tranche de vie que politique. J’ai été plutôt surprise d’ailleurs, voire déçue, de ne pas assister à des réunions de résistants. L’arrestation se fait de manière expéditive, Kim Keun-Tae croit qu’il va s’en tirer sans problème après cette simple et énième garde à vue. Mais ce sera la douche froide... Littéralement.
Quand la torture commence, a fortiori le manhwa prend une toute autre ampleur. Si au début, la violence représentée ne me secoue pas outre mesure, ayant vu/lu pas mal d’œuvres choquantes, le prolongement des sévices produit son effet sur le lecteur. Le protagoniste nous décrit avec une précision étourdissante toute la douleur physique et mentale qu’on lui inflige, les bouleversements de ses états d’esprit, la psychologie de ses bourreaux... De, plus, le style graphique, qui me laissait dubitative au début, révèle toute sa force, avec la domination des aplats noirs, les regards alternant entre folie et tranquillité des bourreaux, qui n’ont pas une once d’empathie pour le supplicié. Il y aurait presque un côté art brut tellement les traits sont exacerbés  et réduits à l'essentiel. Le pire est qu’avec une telle quantité de pages pour un seul tome, nous étalons forcément notre lecture et la torture journalière du héros devient aussi horriblement notre train-train durant quelques jours au moins...

À travers tous les aveux forcés et majoritairement factice que les tortionnaires extirpent de leur victime, on découvre plusieurs personnalités du mouvement de protestation contre le gouvernement, que l’édition française explique brièvement en annexe pour situer de qui il s’agit. De quoi donner envie de poursuivre ses lectures sur le sujet.

 

Un manhwa poignant, relatant d’une chasse aux sorcières qui fera voir autrement la Corée du Sud que par la K-pop et le bibimbap.

 

Hanoko, le 27/10/2019

 

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