Rêve du village des Ding (Le)

Rêve du village des Ding (Le)

Titre original: 
Ding zhuang meng
Auteur(s): 
Pays d'origine: 
Chine
Éditeur français: 
Philippe Picquier
Date de sortie originale: 
2005
Date de sortie en France: 
2007
Traducteur: 
Claude Payen
Nombre de pages: 
332
Prix: 
20 euros

Avis

"Après la comédie Servir le peuple, qui critiquait le régime de Mao, Yan Lianke signe... une tragédie ? qui là aussi tape fort sur le système chinois.  

Avec un titre comme Le rêve du village des Ding on est en droit de se demander si le héros va être le village en tant que village, les villageois, ou bien un personnage particulier particulièrement exemplaire ? En fait un peu des trois.  

On va suivre l'évolution du village, qui bien que déjà mal en point au départ, va finir au bout de un an complètement désolé, un désert. L'auteur, au fur et à mesure que les gens meurent, va retracer certains de leurs parcours. On va suivre plus particulièrement une famille influente : le grand-père Ding Shuiyang, qui s'occupe de l'école où plus tard les malades seront concentrés. Mais également ses fils. L'aîné, Ding Hui, qui s'est grandement enrichi en achetant le sang des villageois, et qui va gagner de plus en plus d'importance grâce un commerce de plus en plus macabre. Et tout un tas d'autres personnages (quitte parfois à être un peu perdu parmi tous ces gens) qui vont être pris dans cette spirale infernale : l'ancien chef du village, Linhling la jeune mariée rejetée par son mari, qui va avoir une importance considérable dans le livre etc. A noter avec ce dernier personnage et son histoire, qu'on retrouve l'aspect eros de son précédent livre. Enfin, le narrateur n'est autre que le fils de Ding Hui, mort empoisonné à 12 ans, par vengeance envers son père. Thanatos

On revient donc au début du roman sur les 10 années qui se sont écoulés qui ont vu les gens se faire convaincre de vendre leur sang, les premiers prélèvements de sang, et à l'autre bout : les premiers signes du SIDA, les premiers morts.  

La maladie était cachée dans le sang comme mon grand-père état enfoui dans son rêve. La maladie aimait le sang comme mon grand-père aimait le rêve.

En un mot, ce livre est une vision désespérée, crépusculaire, il nous montre un hécatombe où les gens ne font que mourir, ils n'ont plus le temps, plus la force de vivre... c'est sombre mais pas glauque. L'auteur ne nous décrit pas ces malheurs avec complaisance. Il se contente de la triste réalité. 

Une autre partie du titre reste à expliquer : le grand père fait des rêves en rapport avec ce qu'il se passe dans le village, ils nous sont racontés, ils ont quelques choses de prémonitoires, ou plutôt de parallèles à ce qu'il se passe (ils ont lieu en même temps que les événements, pas avant). Mais cet aspect rêve n'a pas une réelle importance dans l'histoire.  

Ce à quoi rêvent villageois c'est s'enrichir. C'est plus de cette façon dont on peut comprendre le titre. La perspective de s'enrichir grandement est ce qui permet aux villageois d'être convaincus. L'auteur critique cet appât du gain. Mais paradoxalement, le seul qui réussit à s'en sortir par tous les moyens, à accumuler des montagnes d'argent, est Ding Hui, qui ne manque aucune occasion : 10 ans auparavant le prélèvement de sang qui les a tous contaminé, puis la vente de cercueil lorsque chacun sent la mort venir etc. Le rêve d'argent se finit en cauchemar.  

Il faut noter un autre paradoxe : le seul moment où tous les habitants retrouvent leur joie de vivre, c'est lorsqu'ils peuvent dégoter des cercueils, ou abattre des arbres pour se fabriquer des cercueils, c'est fou ! Les villageois même mourant, continuent leurs petites mesquineries : vol de nourriture, couple adultère montré du doigt... De plus ils commentent leur mort future et commente celle des autres. Ils n'ont pas peur de la mort, ils l'ont accepté. C'est pour ça que ce roman n'est pas glauque.  

Ces derniers éléments ça rappellent dans une autre mesure des livres comme Souvenirs de la maisons des morts de Dostoïevski, ou Si c'est un homme de Primo Levi, dans le sens où on se retrouve dans des lieux clos, avec des individus se sachant condamnés, qui essaient de vivre malgré tout, et on suit leur quotidien, essayant de survivre, de trouver des petits riens auxquelles s'accrocher qui vont les faire aimer la vie.  

Les hommes mourraient comme tombent les feuilles mortes emportées par le vent, comme s'éteignent les lanternes. Aussi naturellement qu'ils l'auraient fait pour un chat ou un chien, les fossoyeurs prenaient leur pelle et creusaient un trou à l'orée du village. On ne sentait plus la douleur, on n'entendait plus les pleurs. Telles les gouttes de pluie tombant du ciel un jour de canicule, les larmes séchaient avant de toucher le sol. La mort n'était plus qu'un incident banal.

Une lecture moyenne, je n'ai pas été totalement convaincu, même si je ne vois pas comment l'auteur aurait put faire mieux. Ce qu'on retient, ce n'est pas vraiment l'histoire, petits règlements de compte entre paysans chinois, mais la force de la maladie. C'est une catastrophe qui en rappelle bien d'autres : affaire du sang contaminé en France, l'ensemble de l'Afrique où meurt du Sida 7000 personnes par jour... et aussi la Chine. Que faire face à cela ? Se protéger. Mais pour ceux déjà touchés (petit rappel d'orthographe : si on ne sait pas si le verbe doit se finir par -é ou -er, remplacer par.. perdus) ? Attendre la mort ? Faire comme au Village des Dings, essayer de s'accrocher, de façon lugubre certes, à ce qui peut les faire vivre ?  

Docteur Spider, remercie la Librairie Le Phénix de lui avoir prêté, lecture du 11 au 17/03/07

Voir aussi le documentaire Les enfants de Yingzhou (The blood of yingzhou district)

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