Pensée Manipulée, le cas chinois (La)

Pensée Manipulée, le cas chinois (La)

Titre original: 
Ren de xunhua, duobi yu fanpan
Auteur(s): 
Pays d'origine: 
Chine
Éditeur original: 
Yazhou Kexue
Éditeur français: 
L'aube
Date de sortie originale: 
1999
Date de sortie en France: 
2004
Nombre d'éditions en France: 
1
Traduction: 
Marie Holzman
Nombre de pages: 
256
Prix: 
24€

Avis

"La pensée manipulée, le cas chinois de Hu Ping se présentait comme un ouvrage fort appétissant : on allait nous expliquer comment fonctionnait le lavage de cerveau en Chine maoïste, élevé en art de gouverner par le PCC. J'avais découvert l'existence de ce livre en étudiant Psychopathologie des violences collectives de Françoise Sironi. 

Ainsi sur 250 pages, il sera question de "la réforme de la pensée", de la façon dont elle a été rendue possible, comment elle s'est déroulée... puis des trois façons de réagir des chinois : la "dérobade", la rébellion, le cynisme. Enfin l'auteur revient sur le rôle du PCC et son éternel attrait. 

L'auteur, Hu Ping, philosophe, a bien connu le régime maoïste, pour l'avoir ressenti dans sa chair : victime de la révolution culturelle, il a fait parti de tous ce jeunes envoyés en rééducation à la campagne. Puis il a participé aux révoltes de 78-80. Avant de s'exiler aux Etats-Unis. Dans cet ouvrage il cherche à comprendre ce qui est arrivé au peuple chinois, pour mieux saisir le présent. Tout ceci avait l'air très bien. 

Et puis à peine la lecture commencée, j'ai été refroidi. Ce fut d'abord la préface de Gil Delannoi (responsable de la collection) et Marie Holzman : le système communiste chinois est qualifié de "totalitaire", terme qui permet de le mettre dans le même sac que le régime nazi, ce qui n'est pas des plus pertinent pour en comprendre la spécificité et leur trajectoire, et pose la question "habituelle" de savoir si une théorie occidentale (le marxisme) était pertinente pour la Chine, qui est d'une autre culture (voir à ce sujet Chine sur le divan (La) pour voir dans quels impasses mènent ce genre d'hypothèse).  

L'auteur ne fait pas mieux. Il commence par délimiter son étude à l'après 1949 (la prise de pouvoir) et par exclure beaucoup de monde de son champ d'analyse : les travailleurs, les paysans, car ceux-ci sont idiots (grosso modo), ils n'ont pas de pensée propre, contrairement aux intellectuels. C'est contre eux que c'est tourné en priorité la "réforme de la pensée". Ensuite, il explique que le régime communiste chinois a été le pire de tous les régimes politiques, mais il ne donne pas d'exemple comparatif avec l'URSS, ou le IIIème Reich, par exemple.
En fait ce n'est pas un problème, il aurait pu quand même conduire une bonne étude. Il commence par prendre soin de distinguer entre pensée de Marx et pensée de Mao/du PCC. Pour montrer que leur théorie n'était pas le matérialisme dialectique (donc dynamique), mais une théorie mécanique. Ce qui peut donner une coloration de gauche à sa posture. Au delà de ça, en fait notre auteur ne défend que la liberté d'expression (et pas la lutte de classe, par exemple), il reste sur le plan des idées, des principes à défendre. 

Cette métaphysique, on la retrouve également dans sa technique d'enquête : Il part d'un concept ou d'une prémisse (par exemple : l'obéissance), desquels il fait des déductions logiques, regarde toutes les déclinaisons possibles (d'où l'aspect numéroté de chaque "paragraphe du livre"), pour arriver à l'explication. Le tout saupoudré de quelques exemples. Est ce une forme d'exposition de recherches de terrain ou bien un pur exercice métaphysique ? 

Du coup la lecture est absolument horripilante. L'auteur plaque des auteurs occidentaux (Aristote, Arendt, Toqueville, Mancur Olson, Carl Schmit Fukuyama....des auteurs "libéraux" en somme, dont nombres opposés aux révolutions), et utilise des auteurs chinois, pour répéter une idée simple : c'était un régime de terreur psychologique et physique, les gens étaient contraint à l'obéissance.  

Du coup passé les 60 premières pages, je l'ai lu en diagonale, m'arrêtant quand je voyais un nom propre, une date, un texte en italique, signe que l'auteur donne enfin un exemple.  

Fondamentalement, en se restreignant aux intellectuels après 49 et leur nécessaire obéissance, l'auteur ne voit pas qu'une partie de la population a décidé de partir de Chine pour rejoindre Taiwan pendant la victoire du PCC. Ni que si le PCC a dû mettre un tel système répressif, c'est bien que les travailleurs chinois opposaient une réelle résistance. Par exemple, lors de la Révolution Culturelle, certes impulsée par Mao, certains endroits sont allés trop loin, comme à Shanghai où un soviet a été mis sur pied, et ensuite mitraillé par les maoïstes. Et c'était pas une lutte pour la liberté d'expression, mais bien pour le socialisme. Je ne crois pas non plus que le livre aborde la dissidence qui a quitté le pays au fur et à mesure. En bref en étudiant que ceux qui ont eu leur "pensée manipulée" il ne saisi pas pourquoi ça n'a pas marché sur les autres. Donc l'analyse est complètement biaisée, explique peu.  

La pensée manipulée est un livre pauvre, un livre sans originalité. Pour mieux comprendre la Chine, les réactions de sa population, des livres d'histoires restent encore les plus appropriés (même s'ils sont partiaux : Deux morts de Mao Tse-toung (Les)), ou des livres de témoignages (Chroniques rouges en terre noire)." 

Docteur Spider, 18/12/10

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