Paradis (Un)

Paradis (Un)

Titre original: 
Fudi (福地)
Auteur(s): 
Pays d'origine: 
Chine
Genre: 
tranche de vie, drame
Éditeur original: 
Shouou
Éditeur français: 
Philipe Picquier
Date de sortie originale: 
2016
Date de sortie en France: 
6 septembre 2018
Nombre d'éditions en France: 
1 simple
Traduction: 
Brigitte Duzan et Zhang Xiaoqui
Couverture: 
souple, glacée brillante + rabat
Nombre de pages: 
176
Prix: 
13,50€

Avis

Un centre de mères porteuses illégal, un quotidien strictement réglementé, une perte d'identité... Ce roman semble fort sombre d'après l'aperçu que l'on s'en fait, mais il nous révèle une ambiance toute autre.  

Tout d'abord, parce que la tonalité est plus à la légèreté que la gravité, malgré le sujet du roman. Les mères porteuses n'ont pas leur langue dans leur poche, elles se plaignent comme n'importe quel employé d'une entreprise, comme si ce pour quoi elles ont été embauchées était un travail comme un autre. Cela crée un certain décalage amusant à lire, en dépit de leur condition peu enviable. De plus, chacune a sa personnalité, avec des points de vue parfois divergents, ce qui rend l'histoire intéressante à suivre. De l'autre côté, le président Niu es convaincu d'être tout à fait juste et charitable avec ses employées, un peu le cliché du patron qui ne se met pas à la place des autres, mais le personnage demeure réussi quand même, parce que quelques passages apportent de la nuance ;). Le livre est étonnement plaisant à lire, car on suit seulement la vie de tous les jours de cette société, sans réellement d'intrigue marquée, mais jamais je ne me suis ennuyée.
Ensuite, l'autrice choisit de narrer l'histoire à travers le regard d'une jeune fille dite simple d'esprit. Cela change complètement la perception qu'on peut se faire de cet univers, a priori très sévère car notre héroïne voit les choses de manière complètement différente. Elle est beaucoup plus sensible à la gestuelle des autres, aux couleurs de son environnement, à ses ressentis et impressions plutôt qu'à ce qu'il se passe réellement autour d'elle. Ainsi, elle n'écoute que d'une oreille ce que disent les autres car son attention est davantage portée sur son affect que son intellect. Je trouve sa personnalité dépeinte avec une grande justesse et finesse. On prend pleinement conscience que ceux considérés comme débiles mentaux, n'ont simplement pas les mêmes sensibilités que les autres et voient le monde différemment. D'ailleurs, les illustrations aquarelle, toute mignonnes et poétiques, qui accompagnent l'édition française de ce roman montrent parfaitement que l'héroïne vit dans une dimension autre que les autres.
Le roman arbore ainsi plus un côté psychologique que dramatique. En effet, comme l'attention du protagoniste se porte sur d'autres choses que ce qu'il se passe réellement, la description concrète de son environnement demeure assez floue. On est plus dans la suggestion, l'allusion, que dans la narration complète. Le roman laisse une incertitude sur ce qu'il se passe réellement, ce qui peut s'avérer frustrant, on se sent aussi à l'ouest, quoi. La fin assez abrupte ne contribuera pas à combler les manques. 

Un Paradis est un drôle de mélange de styles, très limpide et sympathique à lire. Toutefois, son côté nuageux pourrait en rebuter certains. En tout cas, ce roman donne envie d'en lire une suite, qui parlerait pourquoi pas des enfants nés de ce centre de mère-porteuse. 

Hanoko, le 17/08/2018

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