Mémoires d'un moine aventurier tibétain

Mémoires d'un moine aventurier tibétain

Titre original: 
Adventures of a tibetan fighting monk
Pays d'origine: 
Tibet
Éditeur original: 
Tamarind Press
Éditeur français: 
Olizane SA/Piquier
Date de sortie originale: 
1986
Date de sortie en France: 
1991/1998
Nombre d'éditions en France: 
2
Traduction: 
Marianne Guénot
Nombre de pages: 
197
Prix: 
7,50€

Avis

La lecture de Bouddhisme et violence m'avait fortement donné envie de lire ces Mémoires d'un moine aventurier tibétain, car il allait nous montrer ce qui se cache derrière le sourire du Dalaï Lama. Pari tenu ?  

Hugh Richardson présente ce témoignage comme un "complément indispensable à l'histoire des dignitaires". Effectivement on va suivre tout la vie d'une personne simple, qui va devenir dob dob, sorte d'agent de sécurité des monastères, qui va être pris par les évènements de l'Histoire. Petits et grands se croiseront.  

On va suivre la vie de Tashi Kedrup, issu d'une famille de fermier, assez aisée. A 4 ans, il est recueilli par un monastère. Mais il ne deviendra pas un "moine lettré". Le chapitre "mes jours heureux comme jeune novice" explique que si on veut devenir moine ("lettré"), il faut que sa famille ait les moyens (payer des profs....). Ainsi lui vivotera dans les monastères, en faisant de petites tâches.  

Le coeur du livre est une succession de description de la vie quotidienne dans les monastères, à la campagne, ou des cérémonies religieuses (fête du Nouvel An...). Et bien sûr le quotidien de la vie de dob dob (se faire beau, bosser, servir les moines, s'amuser, se bagarrer avec des rivaux....). Écrit au passé composé, les paragraphes sont courts, ainsi l'histoire défile vite, on nous donne une multitude d'éléments. Même si ces Mémoires d'un moine aventurier tibétain sont très riches, il manque un fil directeur qui structurerait toutes ces idées. En effet j'ai eu un peu de mal pour lire l'histoire d'un trait, tant le tout manque de rythme, de perspectives.  

Le livre est l'occasion de décrire le fonctionnement de la société Tibétaine de la première moitié du XXième siècle : les habitants payent des impôts en nature aux monastères. A côté des religieux, on trouve en haut de la hiérarchie sociale, la noblesse, composée de différentes grandes familles. Il s'agit d'une société de classe, avec en bas des pauvres paysans, fermiers, qui se crèvent le cul pour payer l'impôt aux monastères, aux moines de passage etc. Ils le font parce qu'ils sont pieux. Mais comme dans toute société de classe, il y a des inégalités (les moines n'ont pas le droit de travailler la terre, ils doivent étudier), et pour les maintenir, il faut une force de répression (armée, police...) C'est là qu'interviennent les dob dob que notre personnage principal va devenir. Ils servent entre autre de gros bras dans les monastères, et collecteur d'impôt, ou comme garde du corps de dignitaires lors de voyages. mais ils sont également musicien, hommes à tout faire... 

Ce qui pose la question de la traduction du titre : dans le titre original il y est question de fighting monk, pas de moine aventurier. Or il s'agit bien d'un guerrier.  

La vie s'écoulait paisiblement, entrecoupée de quelques fêtes chez d'autres intendants de domaines ou de visites au monastère voisin. (p. 114) Bref tout allait bien. Mais en même temps, au fur et à mesure, on voit la menace chinoise pointer, dès 1950 (soit un an après la prise du pouvoir) : 

Quelques mois après mon départ de Nyemo, j'ai appris qu'un groupe de Chinois s'y étaient installés. Ils donnaient des conférences aux paysans sur l'agriculture en leur expliquant qu'ils ne devaient pas gaspiller d'argent pour des offrandes religieuses, et leur parlaient d'égalité avec les propriétaires (p. 115) 

Cette menace, c'est d'abord la colonisation : arrivée massives de chinois. Puis elle prend également une autre tournure : école, propagande, construction de route... On voit la tension monter, et elle finie par exploser: création d'une armée de guérilla tibétaine ("Chuzhi Gangdruk, p. 132 et suiv.), et finalement guerre ouverte en 1959, fuite des dignitaires, et de notre héros. Il passe par des camps de réfugiés en Inde, puis départ en Angleterre 

La guérilla est-elle soluble dans le lamaïsme ? L'ensemble du récit, va nous permettre de comprendre que tout n'est pas rose au pays des lamas. Ainsi, il est sous-entendu qu'une véritable guerre de succession a eu lieu suite mort 13ème Dalaï-Lama (p. 39). D'autre part, tout au long du récit, on voit que chez tous, du plus grand au plus bas, il faut faire de nécessite vertu, en s'assaillant sur les beaux principes bouddhiste. Ainsi, p. 42 après une bataille, les pauvres viennent dépouiller les corps des morts, et faute de moyens on enterre les cadavres à l'arrache. tant pis pour le karma. Plus haut, les parents ne s'émeuvent pas que leur fils ait tuer un animal de bon augure, ils en font un bon repas. A la fin du livre, Tashi achève une noble tibétaine, même si la morale l'interdit. On retrouve des choses équivalentes au monastère : on triche pour avoir deux fois des dons, on enlève ses vêtements de moine quand cérémonie réservé aux laïcs pour y assister quand même, certains ont des relations sexuelles avec de beaux garçons... 

Cependant, si on contourne les règles en fonction des circonstances ou nécessités, les tibétains qui nous sont décrits restent des êtres très superstitieux.  

Au final, ces Mémoires d'un moine guerrier tibétain fourmillent d'informations sur la vie au Tibet, vu par le prisme d'une catégorie sociale peu connue, les dob dob figure à mi chemin entre le collecteur d'impôt armé et le fou du lama. Oui, les bouddhistes tibétains ont recours à la violence, comme tout le monde ! Contenu du livre intéressant, mais lecture insuffisamment passionnante.

Docteur Spider, 10/04/11

 

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