Manuscrits Ninja (les)

Manuscrits Ninja (les)

Titre original: 
Yagyû ninpô chô
Auteur(s): 
Pays d'origine: 
Japon
Genre: 
Action, fantastique
Éditeur original: 
Kodansha
Éditeur français: 
Philippe Picquier
Date de sortie originale: 
1964
Date de sortie en France: 
2011 (le 8 avril)
Nombre de tomes: 
1
Nombre de tomes sortis en France: 
2 (roman divisé en deux)
Nombre d'éditions en France: 
1
Traducteur: 
Machida Momomi et Patrick Honoré
Couverture: 
souple, glacée + rabats
Nombre de pages: 
435 pour le premier tome, 395 pour le deuxième
Prix: 
19,5€

Avis

Les sept femmes, dont les proches ont subi les pires atrocités par sept guerriers sanguinaires à la solde d'un seigneur tout aussi cruel vont prendre les armes... Leur vengeance sera terrible! 

J'avais tant adulé le manga Basilisk (ainsi que son adaptation animée) que j'avais lu tout ce que j'avais pu trouver par Masaki Segawa. C'est ainsi que j'ai lu les premiers chapitres de Y+M, qui est l'adaptation en manga d'un autre roman de la série des Parchemins Ninja. Et voici donc le livre original. C'est vraiment avec grand plaisir que je me lance dans la découverte d'un roman de Futaro Yamada, enfin l'oeuvre originale. Pour l'édition française, il a été choisi de diviser le roman en deux tomes qui était unique à l'origine:
-la première partie se nomme Les Manuscrits Ninja - les Sept Lances d'Aizu
-et la deuxième Les Manuscrits Ninja - les Sept Guerrières d'Hori

Voyons donc ce que cela donne. En un mot c'est un très bon roman d'action/aventure mais j'admets avoir été déçue sur plusieurs aspects. Explications...

Je reconnais les éléments qui ont fait la force des différentes adaptations des Parchemins Ninja : une histoire de base qui paraît très simpliste mais dont le déroulement devient rapidement très prenant, complexifiant de cette manière l'histoire. Les scènes d'action sont ultra violentes, l'auteur les décrit avec une précision quasiment de chirurgien pour bien nous mettre en tête la boucherie. Et ce dès le départ avec le déclenchement de toute l'histoire causé par les massacres perpétrés par les Sept lances d'Aizu. Il y a aussi beaucoup d'érotisme (sans tomber dans le pornographique cependant). Et dans tout ça l'auteur arrive même à mettre un peu d'humour. Que demande le peuple?

Le choix de narration est assez intéressant aussi. Le point de vue est omniscient et le narrateur subjectif. Donc le lecteur en sait toujours beaucoup plus que les personnages. Cela n'empêche pas le livre d'avoir beaucoup de suspense, au contraire, on frémit encore pour les personnages. Les descriptions sont très succinctes et se limitent souvent à des qualificatifs de jugement de valeur. On pourrait croire que l'auteur a voulu se débarrasser de la tache de réaliser un portrait très détaillé de ses personnages et ses environnements. Mais je pense qu'il cherche à retransmettre des idées plutôt que de choses précises, par exemple l'idée d'une femme belle. Il les décrit assez évasivement car l'image de la beauté est tellement changeante d'un esprit à l'autre. Ainsi, il laisse place l'imagination mais il en dit tout de même suffisamment pour permettre de situer les personnages. 

Ensuite j'aime bien les ellipses où l'auteur fait des parallèles avec des personnages historiques ou des aspects de la culture japonaise, bien que le roman soit une histoire originale, il est ancré dans l'histoire du Japon. Cela permet de planter le décor et d'en apprendre aussi sur le Japon de l'époque. De ce fait, on voit plusieurs personnalités citées comme Tokugawa Ieyasu, Toyotomi Hideyoshi, Gamô Ujisato, et bien d'autres. On a même Date Masamune, très âgé dans les Manuscrits Ninja qui fait de brèves apparitions. Les traducteurs ont aussi gardé quelques termes très spécifiques en japonais, comme par exemple le kusarigama (faucille munie d'une chaîne et d'un boulet) et bien d'autres. Bref, on est bien mis dans l'ambiance. 

Globalement le livre est très captivant et ne manque pas de rebondissements. On ne s'ennuie quasiment jamais, l'action est soutenue et il y a peu de temps morts.  

En revanche je suis assez déçue par une bonne partie des personnages. La suite de mon avis risque de spoiler légèrement le livre donc évitez de lire les trois quatre paragraphes qui suivent si vous voulez vous garder le mystère entier pour la lecture du livre. 

Les sept femmes d'Hori sont au coeur de toute l'histoire. Pourtant, on les voit assez peu à l'action et leur personnalité n'est que très peu développée. Seule O-Fue sortait légèrement du lot dans les premiers chapitres mais très vite on l'oublie aussi au profit des autres personnages. Ou plutôt d'un autre personnage: Yagyu Jubei. Finalement, le titre de la version française du deuxième tome notamment les sept guerrières d'Hori s'avère assez mensonger, alors que le titre original parle bien de Jubei et non pas des femmes du clan Hori. 

Les Sept Lances d'Aizu sont assez développées elles aussi car on a souvent leur point de vue. Mais pareil, ces terribles guerriers ne sont pas très attachants. Il faut dire que leur mise en scène manque beaucoup de panache. Si les premiers chapitres où est décrit le massacre des Hori les présente comme des monstres de cruauté et de puissance, la suite en fait assez peu foi car on ne les voit guère en action. En fin de compte, les combats auront été brefs et peu nombreux, la plupart des rencontres ayant été fatales. C'est frustrant que l'on nous présente des personnages aux techniques si particulières et incroyables mais que l'on voit que peu à l'oeuvre. En plus, ils n'apparaissent pas comme très futés car leurs stratégies font preuve plus de cruauté que d'intelligence. Déception aussi pour Katô Akinari. J'avais beaucoup aimé le portrait qu'en avait dressé l'auteur en faisant un retour sur son parcours dans la vie. Je savais qu'il serait cruel et mauvais, certes, mais je pensais qu'il aurait une poigne de fer et du charisme. Mais seul un couard pervers en ressort. L'histoire est clairement très manichéenne mais on aurait pu faire l'impasse là-dessus si les personnages antagonistes avait été mieux réussis. Dommage. 

Toutefois, d'autres personnages, moins centraux mais qui prennent beaucoup d'importance seront plutôt intéressants. Takuan, le mentor spirituel du Shogun-même et ses moines acolytes sont sympa. Dôhaku le doyen du clan Ashina a une certaine classe. O-Tone, une jeune femme que l'on ne s'attendait pas à voir promue à un rôle vraiment important, se montre assez attachante. D'ailleurs elle a même plus de rôle que n'importe laquelle des femmes d'Hori. 

Au final, on aura bien plus vu en action tous les autres personnages et assez peu les femmes d'Hori. Du coup, elles passent un peu pour des pantins de Jubei et ses alliés, les initiatives de leur part sont peu fréquentes, on retiendra surtout le sauvetage de Jubei et O-Kei comme véritable réussite de leur action indépendante. 

J'ai trouvé la fin du roman assez répétitive et elle ne nous surprenait plus vraiment. D'autant que le dénouement est un peu simple, les gentils ont gagné sur les méchants, et presque tout le monde ayant un rôle important a survécu et tout est bien qui finit bien. La cerise sur le gâteau, le retournement de situation provoqué par O-Yura à la fin. C'était une sorte de Deus Ex Machina qui permet de venir sauver miraculeusement nos héros dans une passe a priori désespérée. C'était vraiment gros et pas recherché. Et c'est comme si l'auteur, à la dernière minute, se refusait à inclure un personnage féminin parmi les foncièrement mauvais. Il l'a décrite au départ comme encore plus psychopathe qu'Akinari mais à la fin il renverse tout. 

J'ai formulé là beaucoup de reproches mais c'est parce que c'est un roman qui m'a passionnée, qui a présenté nombre de choses vraiment intéressantes mais qui n'ont pas été exploitées suffisamment ou le plus judicieusement à mes yeux. En définitive, je vous conseille quand même vraiment les Manuscrits Ninja si vous êtes amateur d'action. À éviter pour les âmes sensibles toutefois. Malgré ces défauts le livre est très prenant, il me donne bien envie d'en lire plus, j'espère que les éditeurs français en publieront d'autres de la série.

Hanoko, tout lu, Juillet 2011

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