J'ai travaillé pour la propagande chinoise

J'ai travaillé pour la propagande chinoise

Auteur(s): 
Pays d'origine: 
France, Chine
Genre: 
Essai
Éditeur français: 
Éditions du moment
Date de sortie en France: 
27 janvier 2011
Nombre d'éditions en France: 
1
Nombre de pages: 
256
Prix: 
17,95€

Avis

Anne Soëtemont, diplômée du CELSA, après avoir travaillé comme journaliste pour la télévision marocaine, part d'août 2009 à août 2010 en Chine, pour travailler pour la radio d'état, dans le service français, en tant qu' « experte ». Ce livre en est le témoignage.  

On retrouve d'abord dans ce livre tout un pan choc culturel : la pollution, le RDC est le 1er étage, le système des n° de téléphone portable, le supermarché, l'opéra de pékin est historiquement joué par des hommes... L'auteur saisi les éléments factuels pour faire un peu de fond, appuyé sur ses lectures françaises sur le pays (par exemple : Mao, l'histoire inconnue). Sur l'autre versant, Anne Soëtemondt doit également incarner l'image de la France en Chine : La France, c'est romantique, c'est la Nouvelle vague etc.  

Radio Chine Internationale est composé de 50 services (autrement dit elle diffuse en 50 langues). C'est le pendant de notre Radio France International (RFI). Son service est composé « d'experts » français, et de chinois plus ou moins francophones, qui ont tous des alias français. En quoi consiste le job d'expert ? Correctrice des dépêches qui seront publiées sur le site internet, présentatrice (mais pas de direct car il y a un contrôle politique, autrement dit de la censure possible), et, nous annonce Anne Soëtemont, « représentant » : Plusieurs fois elle partira en voyage, aux frais de la princesse, pour « couvrir » une station de ski, un village traditionnel, une ville clef du maoïsme, non pas pour faire un reportage dessus, mais pour servir de faire valoir à la propagande chinoise, ele sera interviewée par des journalistes locaux pour montrer que des « journalistes étrangers » sont très intéressés par ce qui se passe !! « Nous sommes payés pour faire la communication des autorités », comme au bon vieux temps de l'envoi de ''délégations''.  

"Cette sensation d'être baladée sans avoir aucune prise sur la situation ne me quittera plus pendant un an. Ne pas parler chinois vous rend dépendant"

En quoi la radio officielle participe de cette Propagande chinoise ? « Les textes sont truffés de termes à connotation idéologique : égalité, planification, parti, réforme, amélioration du niveau de vie de la population, peuple ». Il s'agit d'un «vocabulaire officiel et diplomatique que nous n'avons pas le droit de couper ni de réécrire pour le rendre digeste pour les auditeurs. De l'avis de mes collègues, le style est déjà terriblement mauvais en chinois. Les grilles de traduction sont fixées depuis des années. Les traducteurs ne font que l'appliquer. » (p. 52) Pour l'auteure tout ceci fait penser à ce que décrivait Orwell. Néanmoins les journalistes le tournent en dérision entre eux, et le style est tellement stéréotypé et prévisible que bien souvent, il se suffit de comprendre l'inverse de "l'info" pour s'approcher de la vérité (''tout va bien à Urumqi''). Certains officiels en sont aussi conscients : « Nous ne sommes pas là pour vous faire subir un lavage de cerveau, je ne dis pas que notre ligne officielle est la vérité. »

Le second versant de la propagande et du régime autoritaire, c'est l'impression d'être surveillé en permanence, et l'autocontrôle/autocensure qui en découle ; c'est la culture d'entreprise, impulsée par le syndicat (!) : gala interne, compétition de foot, soirées bien arrosées... Anne Soëtemondt se rend compte qu'elle « viole la charte des journalistes » ( p. 118 ) en acceptant moults cadeaux et en acceptant d'être le vecteur de cette propagande. Ainsi le livre décrit l'immersion « dans un media officiel, aux antipodes des valeurs journalistiques occidentales » (p. 60). On attend avec impatience son témoignage sur le journalisme en France, lui aussi particulièrement servile

L'intérêt du livre est multiple. D'une part il permet de se remémorer ce qui a fait « couler de l'encre » française sur la Chine en 2009-2010 : Lu Xiaobo prix Nobel, générique d'Hélène et les garçons pour les mariages, clash Google/PCC, les blogueurs subversifs (Han Han), les manifestations à Honda en juin 2010... D'autre part J'ai travaillé pour la propagande chinoise, une journaliste française raconte son immersion dans une radio d'état nous montre comment est traité l'actualité internationale : elle doit mettre en valeur le rôle du PCC (comme l'actu nationale). Par exemple : le séisme à Haiti en janvier 2010 sert au Parti à redorer son blason en couvrant le travail de ses équipes de secours, histoire de faire oublier le désastre au Sichuan ( mai 2008 ). Enfin il nous questionne sur la « puissance chinoise ». Le thème du livre étant le « soft power » chinois (force non contraignante), on a l'impression que c'est une puissance bien fragile, faite de bric et de broc. 

« Tout le monde participe à la mascarade, tout le monde le sait, mais on ne peut pas en faire l'économie. »

Une lecture intéressante. 

Docteur Spider, 07/05/11

 

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