Cinéma sud-coréen : du confucianisme à l'avant-garde

Cinéma sud-coréen : du confucianisme à l'avant-garde

Auteur(s): 
Pays d'origine: 
France
Genre: 
essai
Éditeur français: 
L'Harmattan
Date de sortie en France: 
1996
Nombre d'éditions en France: 
1
Nombre de pages: 
224
Prix: 
22€

Avis

"Dans l'espoir de comprendre les thrillers coréens contemporains, je me suis dit qu'un retour sur l'histoire du cinéma coréen et ses formes serait éclairant. C'est pourquoi que je me suis lancé dans la lecture de Le cinéma sud-coréen : du confucianisme à l'avant-garde, dont le spectre d'analyse est la politique comprise en terme de lutte de classes. Plus qu'alléchant !  

Dans son ouvrage, Antoine Coppola, spécialiste du cinéma asiatique, revient sur l'histoire du cinéma sud-coréen, en montrant qu'il est traversé par deux courants : un courant officiel au service du pouvoir en place, et un courant subversif. La confrontation de l'un et l'autre lui permet de saisir leur spécificité.  

Ainsi, tout le long de la dictature militaire (63-79), le genre principal est le mélodrame. Il distille un discours misérabiliste : face à la situation catastrophique des travailleurs et des jeunes en Corée, on ne peut rien changer, ça ira mieux dans l'au-delà. En un mot, la dictature tue toute contestation. 

A la fin de cette période, naît un nouveau genre, subversif et indépendant : les films révolutionnaires. Le discours n'est pas la passivité, mais la transformation radicale du monde, maintenant. L'auteur note néanmoins que ces réalisateurs reprennent les mêmes codes que dans les mélodrames, ils en changent seulement le sens. Mais ne réfléchissent pas à la forme filmique.  

En parallèle, apparaît la "Nouvelle vague", en même temps que le régime se démocratise. Il semble s'agir d'une génération de réalisateurs plus critiques, puisque la tradition des parents passe sous leur feu. Par contre, motus et bouche cousue sur la critique à faire de la société contemporaine notamment son consumérisme outrancier. Ces réalisateurs sont donc au service de la nouvelle puissance du pays : le capitalisme néo-libéral. Le réalisateur identifie alors deux autres genres, qui critiquent la forme même de faire des films. 

Coppola, qui tire sa matrice théorique de Guy Debord (La société du spectacle), livre un ouvrage fort éclairant sur la trajectoire du cinéma sud-coréen. Il ravira toute personne qui s'intéresse à ce pays, et au cinéma en général. En effet, l'auteur montre que la façon dont la classe politico-économique se sert des arts n'est pas propre à la Corée du Sud, mais à l'ensemble des classes dominantes à travers les époques. Leur but est de se maintenir au pouvoir. 

Ainsi, pour ce qui concerne ma question de départ, si les mélodrames étaient au service de la dictature politique car ils distillaient un message de désespoir, les thrillers gores coréen actuels sont au service de la dictature financière, car le message est similaire : il ne sert à rien de s'agiter contre son destin."  

Docteur Spider, 03/04/13

Sur les réalisateurs des années 1990-2000 voir le documentaire Renaissances du cinéma coréen (Les)

Commentaires

Inscrivez-vous ou connectez-vous à votre compte pour laisser un commentaire.

Vous êtes ici