Chine sur le divan (La)

Chine sur le divan (La)

Pays d'origine: 
Chine
Éditeur français: 
Plon
Date de sortie en France: 
2008
Nombre d'éditions en France: 
1
Nombre de pages: 
190
Prix: 
18,90€

Avis

"Depuis que j'avais vu le documentaire Oedipe en Chine je rêvai de lire ce livre sur la psychanalyse. J'avais bien demandé à l'éditeur de me l'envoyer, mais mon courrier était resté lettre morte. Tout à l'heure j'ai craqué, je l'ai emprunté à la Bibliothèque Universitaire, et l'ai dévoré. En voiture Sigmund. 

La couverture/publicité nous vend le livre ainsi "Il a été garde rouge. Il est le premier psychanalyste chinois. Il dévoile un Empire décomplexé". Il est interviewé par Dorian Malovic, journaliste de La Croix.  

Je m'attendais à ce qu'il dise qu'en tant qu'ancien Garde Rouge, ancien maoïste, il avait une bonne formation marxiste, et que l'analyse du matérialisme historique (la "dialectique") lui avait facilement permi de passer à la pensé lacanienne, à la psychanalyse. En effet le propre de la psychanalyse et du matérialisme historique est de penser l'individu en interaction avec son milieu, de montrer qu'un individu en dernière (psych)analyse est déterminé par ses conditions d'existence, mais qu'il peut également les changer. Eh bien non, pas du tout !

Les 50 premières pages sont consacrées au passage "du marxisme à la psychanalyse", où Huo Datong explique son parcours, sa jeunesse, ses années d'étude en Chine, en France et son retour au pays natal, dans le Shichuan. Il est intéressant de voir à quel point le nom du cinéaste Dai Sijie est cité (ils sont potes et se sont entraidés, d'ailleurs Dai Sijie a écrit un roman mettant en scène un psychanalyste revenu de France : Le complexe de Di).  

Pourquoi y a-t-il un décalage entre mes attentes et le contenu du livre ? C'est un peu tout le drame du marxisme : il a été accaparé par les mao/staliniens. En effet, Huo Datong nous dit qu'il a lu tout Mao, tout Marx-Engels, mais finalement on a l'impression que la pensée qu'il a ingurgité c'était plutôt le verbiage pour maintenir la bureaucratie au pouvoir. Il ne lit pas une pensée vivante, dont les méthodes d'analyses sont utiles, mais la pensée "occidentale qu'on a appliqué sans réfléchir à un autre monde : l'Asie". Ce qui est vrai, la révolution en Chine a été conduite de façon bureaucratique. Du coup comme le marxisme est une pensée fausse, seulement applicable à l'Occident, Huo Datong a cherché d'autres schèmes de pensée pour comprendre la capitalisme, le marxisme (que j'appellerai le stalinisme) -deux systèmes occidentaux- et la Chine. La clef, ça a été... la psychanalyse, avec le couple Freud-Lacan-les chinois. En effet, Lacan est présenté comme le plus chinois des psychanalystes.  

La deuxième partie du livre est consacrée à "inconscient chinois, inconscient occidental", où il est question des différences entre les chinois et les occidentaux (des ruraux opposés et des urbains) et leurs points commun (l'Oedipe). C'est à partir de ce moment que je suis devenu très sceptique sur ma lecture. Par exemple il dit toujours "votre pays", et "nous les chinois". En effet peut-on comparer "les occidentaux" et "les chinois" à coup de gros parallèle où on met tous les individus dans le même moule ?
Quoi qu'il en soit l'auteur analyse les mutations de la société chinoise. Le choc fondamental du retour du capitalisme dans le pays, doublé de la politique de l'enfant unique (1979) ont semble-t-il fait éclaté les relations familiales traditionnelles ("trois générations sous un même toit"... oui mais avec un seul enfant à se partager). Du coup Il voit défilé tout ce beau monde dans son cabinet.  

Autre aspect surprenant du livre, c'est les questions un peu au ras des pâquerettes de Dorian Malovic, qui donne l'impression d'être dans la peau d'un admirateur, qui cire les pompes, du type "Comment êtes-vous arrivé à cette découverte majeure pour la psychanalyse dans votre pays ?" (p. 77). 

Pour donner quelques éléments positifs malgré tout, ses premières impressions lors de son arrivée en France sont très intéressantes. Par exemple quand il dit qu'en France, se côtoient les marchés de rue, rappelant sa tradition rurale, et les métro. Bref "Paris entre tradition et modernité" (pour reprendre une expression qu'on colle plus volontiers aux pays asiatiques).  

De même, quand il s'attache à analyser des trajectoires individuelles chinoises, comme quand il explique p. 81 et suivantes, que la première chose qu'il demande en analyse, c'est que l'analysant écrive ses noms et prénoms, et ensuite essayer de comprendre par ces noms et prénoms ce que ses parents attendent de lui, autrement dit ce sont des "destin imposés" (type : Li Qiang, Puissance), qui "provoque névroses et angoisses". Le livre montre de bout en bout, l'importance du gain (du coup les filières de psycho sont désertés car pas de débouchés, les parents mettent la pression sur la réussite de leurs gosses etc.). 

Bref ce livre est une illustration de plus des dégâts causés par le stalinisme chinois. Au départ le livre m'a rebuté car il me semblait léger, plein de biais, mais au fur et à mesure l'auteur prend le temps de développer chaque point. Un axe intéressant d'entrée dans la découverte de la Chine.""  

Docteur Spider, 04/05/10

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