Belles Endormies (les)

Belles Endormies (les)

Titre original: 
Nerureru Bijo
Auteur(s): 
Pays d'origine: 
Japon
Éditeur français: 
Albin Michel / Livre de Poche
Date de sortie originale: 
1961
Date de sortie en France: 
1982, 2007
Nombre d'éditions en France: 
1
Traduction: 
R. Sieffert
Nombre de pages: 
125
Prix: 
3,50€ poche

Avis

"J'ai mis beaucoup de temps pour lire un si petit roman. Il faut dire que le sujet ne me passionnait pas outre mesure. Et pourtant...
Dans Les Belles Endormies, nous suivons l'histoire d'Eguchi, vieil homme de 67 ans qui entre, sur les conseils d'un ami, dans une étrange maison. Aux Belles Endormies, des vieillards ont la possibilité de s'endormir auprès de demoiselles plongées dans un sommeil pharmaceutique. Selon Eguchi, cette pratique permettrait aux vieillards décatis d'assouvir leur besoin de jeunesse, jeunesse qui leur a été retirée par le temps. Au travers des pages, nous suivons les cinq nuits qu'Eguchi passe dans cette maison. A chaque fois, ses doutes, ses souvenirs et ses plaisirs simples nous sont présentés.
Il va de soit que le sujet même de l'histoire prête à polémique. En effet, où se trouve la morale dans le fait d'offrir des jeunes femmes nues et endormies à des vieillards sur le déclin ? Pourtant, je me suis plu à suivre les aventures mentales d'Eguchi, et notamment ses doutes quant aux filles. Peut-il se permettre de les désirer ? Et que peuvent bien leur faire les autres vieillards ? A chaque fois, Eguchi est attiré mais repousse en bloc l'idée même d'atteindre ces filles dans leur sommeil. Il se questionne, questionne la maîtresse de maison, mais jamais n'a de réponse. Au final, il se laisse à les contempler puis découvre que cela permet aux vieux souvenirs de ressurgir. Il se rappelle des femmes de sa vie, ses filles, sa mère, ses amantes. Au final, nous contemplons toute la philosophie d'un homme qui, se sachant pourtant vieux, se refuse à se considérer comme les autres vieillards, clients de la maison.
Prix Nobel de Littérature en 1968, l'auteur a un sens du phrasé très appréciable. De nombreuses descriptions, parfois redondantes, ponctuent le texte et nous posent de manière claire et poétique les lieux et les personnages. Il y a un certain côté malsain dans ces descriptions, sans doute parce que c'est au travers des yeux du vieil Eguchi qu'on les connait. Un vieillard qui reluque de jeunes femmes endormies, nues, et qui ignorent avec qui elles dorment en réalité, c'est quand même assez étrange. Pourtant, on sent bien qu'Eguchi lutte contre ses démons "virils" et ne voit dans ces filles que leur beauté brute. Au final, j'ai apprécié ce côté contemplatif de la jeunesse, bien qu'Eguchi se laisse parfois tenter à les toucher, en toute innocence si l'on veut.
Le seul petit bémol que je pourrai formuler sur le roman est sa fin un peu expédiée. On sent la déchéance de la maison, et la fin des tribulations mentales d'Eguchi (ou leur remplacement par un sujet plus grave encore), mais c'est tout. ça se termine comme un des chapitres précédents. Vraiment dommage.  

Voilà, je n'ai pas grand chose à dire de plus, un roman sympathique, si on apprécie le contemplatif." 

DDG, le 26/05/10

Commentaires

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