Voice of a Murderer

Voice of a Murderer

Titre original: 
Geu Nom Moksori
Pays d'origine: 
Corée du sud
Genre: 
Thriller
Date de sortie originale: 
2007
Durée: 
2h04

Avis

"Lentement mais sûrement, je continue d'explorer la vague de thriller qui a traversé la Corée depuis le début des années 2000. En 2007, une tripotée de films de ce genre sont sortis dont Voice of a Murderer qui se démarque de la concurrence en étant basé sur une histoire vraie.  

Le fils d'un célèbre présentateur de la télévision est kidnappé. Le calvaire de la famille va durer 44 jours, pendant lesquels le ravisseur va régulièrement leur téléphoner afin de convenir de rendez-vous pour que l'enfant soit rendu...  

On retrouve dans ce film tous les éléments qui composent la matrice des thrillers coréens : un homme en vu va être frappé par le drame parce qu'il a commis une faute sans s'en rendre compte, la police est incompétente, notre personnage principal va se démener... en vain ?  

Le film n'est pas trop mal, même si il est longuet. En effet maintenir l'intérêt du spectateur sur une durée théorique de 44 jours était une gageure, et le film fait de son mieux (il y a des bonds qui sont faits, et un compteur indique depuis combien de jours l'enfant a été enlevé). Pour autant c'est pas folichon, et ni les acteurs ni la mise en scène ne sont mémorables. Le seul truc un peu intéressant, c'ets l'utilisation du téléphone. En effet, point de mobile en 1991, tout se fait par ligne fixe.  

Pour info, le réalisateur n'est pas le premier venu. Il avait déjà réalisé en 2002 le curieux Trop jeunes pour mourir, mettant en scène des personnages du 3ème âge redécouvrant les joies du sexe  Puis il a enchaîné avec des mélodrames en tout genre, histoire de faire pleurer dans les chaumières. Voice of a murderer est de ce goût là, mais je n'ai pas été touché (le manque de rythme fait qu'on ne se sent pas proche des personnages).  

Outre le présentateur, on va également suivre la mère. Il s'agit d'une femme au foyer, très croyante (contrairement à son mari). Elle va rester passive tout du long, pendant que son mari sera actif (c'est lui qui va aller aux rendez-vous fixés par le kidnappeur). Bref les stéréotypes de genre sont très marqués dans ce film (c'est ce que montre l'affiche ci dessus : l'homme protecteur/la femme fragile), et prier Dieu ne leur sera pas très utile. 

De même, le film met en scène un conflit à l'intérieur de la police. S'opposent tout du long les adeptes de la vieille école, guidée par l'intuition, et ceux plus « scientifiques » utilisant des technologies derniers cris (téléphone portable, reconnaissance vocale...). Aucune des écoles ne réussira à aboutir. 

En bref, ni Dieu, ni police, ni science, reste l'irrationnel, et les émissions télévisés (et les films) relatant les histoires morbides : 

Y a t il une explication au fait que ce soit sur ce couple en particulier que ce drame tombe ? Ca peut bien sûr être le fruit du hasard. Mais la police explore la piste des ennemis que le présentateur se serait fait. En effet, l'émission qu'il anime n'est pas neutre puisqu'elle fait des reportages sur les meurtres, pots de vin etc. bref des reportages qui montrent les vices de la société, et tient un discours moralisateur. Notre personnage principal reconnaît qu'il s'est sûrement mis à dos pas mal de monde, mais il considère que c'était son devoir de citoyen honnête. 

Le film souligne la proximité du présentateur avec le président coréen de l'époque. On est en 1991, la transition démocratique vient à peine de s'amorcer. (Je ne sais pas si c'est lié, mais à deux reprises dans le film, on voit des gens manifester et distribuer des tracts dans le film, mais je ne sais pas à quel propos. Contre le pouvoir en place?). Bref puni parce qu'il fait de la télé racoleuse, et/ou parce que ça sert le pouvoir en place ? 

La morale du film est ''ça n'arrive pas qu'aux autres''. Il se termine par un disclamer rappelant que les faits sont réels. Une bande-son avec la voix du kidnappeur et son portrait robot sont projetés. Le film contribue à sa façon à poursuivre la traque, alors même qu'il y a prescription. Donc grosso modo le film se situe sur le même plan que l'émission de télévision du présentateur. Ce n'est donc pas parce que il faisait de la télé poubelle/racoleuse que le personnage principal est puni. C'est la faute à pas de bol. Le réalisateur participe ainsi à faire peur à la population, et cultiver un sentiment diffus de haine et de méfiance (n'importe qui dans votre entourage peut être un kidnappeur, pédophile, serial killer...). Le fait que l'on est pas de visage à mettre sur le méchant renforce ce sentiment. 

Un film terroriste.'' 

Docteur Spider, 21/04/13

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