Housemaid (The)

Housemaid (The)

Titre original: 
Hanyo
Pays d'origine: 
Corée du Sud
Genre: 
Drame, thriller
Éditeur français: 
Pretty Pictures
Date de sortie originale: 
2010
Date de sortie en France: 
2010
Durée: 
103 minutes
Support: 
DVD, cinéma, Blu-ray
Prix: 
20€
Bonus: 
Making of, psychanalyse des personnages, bêtisier, coulisses du tournage

Avis

"Je m'attendais à un film plutôt effrayant sur fond de huis clos familial. Il n'en est presque rien.
L'histoire se déroule bel et bien en huis clos, dans une famille richissime composée d'un couple et d'une gamine. Deux gouvernantes les assistent au quotidien, dont la très jolie et pimpante Euny. Hera, l'épouse enceinte jusqu'aux yeux, ne peut satisfaire pleinement son mari, qui décide d'aller dans le lit de la nouvelle gouvernante. Elle-même est d'accord, mais c'est la dernière à apprendre qu'elle est enceinte du maître de maison. Hera et sa mère vont décider de faire disparaître le bébé pour éviter scandale et histoire d'argent. La jolie Euny devient donc une cible à abattre.
Je vous ai sorti l'histoire ainsi, mais elle n'est pas si violente qu'on pourrait le croire. A échelle réelle, Hera veut se débarrasser d'Euny mais la gouvernante a de la ressource. C'est en fait une belle histoire de moeurs qu'on nous présente, avec tout ce que la richesse, l'infidélité et la vengeance peut apporter de malveillant. Je ne vous en dirai pas plus, mais ne vous attendez pas comme moi à un thriller haletant et frissonnant.
La façon de filmer est vraiment agréable et, bien que l'ensemble du film soit plutôt lent, on reste immergé jusqu'au cou dans les affaires de famille. Les acteurs sont très bons et la musique accompagne bien l'ensemble.
Je ne vois pas trop quoi ajouter. C'est un film agréable, réaliste et aberrant à la fois.  

DDG, le 21/03/11

 

''Servante (La), de Kim Ki-yung, sorti en 1960, était un drame réactionnaire : la jeune prolétaire séduit l'homme de la maison, et fait éclater la famille traditionnelle. Le film fini par la mort de tous les méchants. Tout revient dans l'ordre (mais quel ordre?). 50 ans plus tard, Im Sang-soo, le réalisateur des très bons et très engagés President's last bang (The) (2005) et Vieux Jardin (Le) (2007) en réalise son remake. Que va-t-il apporter ? 

Im Sang-soo reprend la trame principale du film original : un huis clos dans lequel une servante va être confrontée à une famille, du fait qu'elle a couchée avec le père. On retrouve les mêmes personnages : le père, qui joue du piano, sa femme, enceinte, la servante, issue du prolétariat, et un enfant. Comme dans l'original, la servante va être enceinte, et la mère va accoucher.  

Mais plus intéressant est de se pencher sur les différences. Par exemple, rien que comparer les deux maisons est stimulant. Dans la version de 1960, il s'agit d'une ''grande'' maison (pour le quartier ? l'époque?) sur deux étages. Mais la réalisation fait qu'elle est hyper-étouffante, la confrontation psychologique est immédiatement physique. Dans la version de 2010, il s'agit d'une baraque absolument immense. Parce que l'homme, qui était un pianiste de profession dans la version originale et bouclait difficilement ses fins de mois, fait ça ici par hobby le matin avant d'aller bosser. On ne sait pas ce qu'il fait exactement mais il semble immensément riche et issu d'une famille très puissante. Du coup dans cette immense maison, il n'y a pas cette confrontation entre les personnages, il y a beaucoup d'espace. 

La sensation d'étouffement vient d'ailleurs. D'une part, quand la situation se tend, la fille cherche à s'échapper (si j'ai bien saisi), mais elle est ramenée manu militari à l'intérieur. Il s'agit d'une prison dorée. D'autre part, même si il y a de l'espace, il s'agit d'un espace aseptisé. Enfin, la servante est surveillée à son insu. En tant que spectateur nous savons qu'une des options est de la tuer, mais celle-ci ne s'en rend pas compte. La tension monte au fur et à mesure que les choix de vie des deux femmes se précise ! 

Du fait que l'homme soit immensément riche, ça change tout. Sa femme, qui travaillait jusqu'à l'épuisement pendant sa grossesse, est ici dans un petit cocon. Sa servante est là pour faire en sorte que l'accouchement se passe bien : elle fait de la gym prénatale, du yoga, bref ça baigne.
Même si espace plus grand, et qu'il n'y a pas de confrontation directe des personnages, les rapports sont aussi plus intimes : la servante la douche, lui lave ses petites culottes à la main (évoqué, pas montré)... 

Qui dit très grande maison, dit plus de monde pour faire tourner la boutique. On doit alors analyser un élément intéressant : les personnages qui ont été retirés, et ceux ajoutés, d'une version à l'autre. Ceci va complètement changer l'équilibre des forces, et du coup donner une autre dynamique au récit. 

Dans les persos en moins, la petite fille handicapée, et le petit garnement ont été remplacé par une adorable petite fille, à qui on donnerait le bon dieu en confession. Elle va permettre de créer un sentiment ambivalent envers la famille. Elle va être la seule à dire la vérité en face, parce qu'elle n'a pas encore intégré toute l'hypocrisie de sa classe sociale.  

La famille est tellement bourrée de pognon qu'elle a également une gouvernante, qui s'occupe notamment de faire à manger. Outre le fait que c'est elle qui va embaucher la servante, elle va également la former. Cette vieille dame a un rôle ambivalent, puisqu'elle est la meilleure alliée de ses riches employeurs (elle dénonce la servante), tout en les détestant au plus haut point. Combien de temps va-t-elle réussir à concilier les deux ? La camarade gouvernante devra choisir son camp : celui de ses origines, le prolétariat, ou celui de ses maîtres, la bourgeoisie ?  

Autre personnage en plus, la mère de la femme enceinte. Son rôle va être de préserver à tout prix le monopole de la descendance sur l'homme riche. Elle se charge d'expliquer à sa fille ce que ce que c'est que d'être la femme d'un bourgeois, les sacrifices auxquels il faut consentir etc. Mais clairement il s'agit d'expliquer qu'on doit être prêt à tout pour rester l'épouse légitime, car l'argent et le confort viennent de là. 

De fait, la film est traversé de propos, de réflexions sur les classes sociales et de leur rapport. Jusqu'où ce rapport ira-t-il ?  

Dans le film de 1960, le propos des femmes ''légitimes'' était de maintenir la famille, contre la servante, afin de garantir l'ordre social. Idem dans la version de 2010, sauf que Im Sang-soo va se mettre du côté de la servante afin de montrer qu'il faut en finir avec cet ordre social. Im Sang-soo ne nous fait pas haïr ces bourgeois parce qu'ils seraient déviants, mais parce que c'est leur comportement normal ! C'est donc bien toute cette classe sociale qui ne pense qu'à maintenir sa domination politique, économique, culturelle, à tout prix.  

Mais le réalisateur montre également qu'il ne tient qu'à nous, les exploités, de refuser cet ordre des choses. Notre héroïne, en refusant la solution de facilité (se faire avorter et prendre l'argent), montre que vendre sa force de travail ce n'est plus satisfaisant. Il y a notre dignité aussi ! Notre héroïne, en disant non, brise l'ordre des choses. Les bourgeois ont toujours eu l'habitude que tout le monde leur dise oui. Le monde fonctionne pour eux, les lois sont faites par et pour eux (elles sont allégrement violées dans le film, en un claquement de doigt, et sans conséquence). Quand la servante leur dit non, les menace, la peur change de camp. C'est elle qui les domine. Ce sont eux qui vont fuir. Le réalisateur nous montre que l'ennemi, même quand il bombe le torse, est en réalité très faible.  

Jusque là le film est très bien, Im Sang Soo montre qu'en étant infidèle à l'original, fait également une bonne oeuvre  Par contre, quelle conclusion donne-t-il à son histoire ? Les bourgeois ont eu momentanément peur, mais ils ont le dernier mot. Et en plus ils réécrivent l'histoire, pour faire comme si rien n'était arrivé. Est-ce une façon de critiquer le mode d'action de l'héroïne ? Je n'en ai pas l'impression.  

Im Sang Soo critique donc de façon claire la classe dominante actuelle, pour nous livrer une conclusion pessimiste : on meurt en vain à vouloir changer les choses. Pouvait-il en être autrement ? Le réalisateur ne pourra pas aller plus loin dans ses critiques s'il continue d'être dépendant des mêmes financiers qu'il dénonce ! Comme la gouvernante du film, il faut qu'il choisisse son camp, sinon fatalement il va rejoindre celui de ceux qu'il critique aujourd'hui.  

Docteur Spider, 08/04/13

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