Gagman

Gagman

Titre original: 
Gagman
Pays d'origine: 
Corée du sud
Genre: 
comédie noire
Date de sortie originale: 
1989
Date de sortie en France: 
2013
Durée: 
1h57
Support: 
Cinéma

Avis

''En lisant le livre d'Antoine Coppola, Cinéma sud-coréen : du confucianisme à l'avant-garde, il y a deux films que j'ai eu particulièrement envie de lire, car il s'agit de deux éléments clefs de la « nouvelle vague » coréenne de la fin des années 80 : Chilsu et Mansu, et Gagman

Ce dernier film a été projeté au Centre Culturel Coréen vendredi 22 novembre 2013. J'avais hâte de le voir car il était censé montrer que tout peut devenir décors du cinéma, à partir du moment où une caméra tourne. Autrement dit, ça me parlait, parce qu'en même temps que la lecture du livre de Coppola, je lisais le sociologue Erving Goffman sur La mise en scène de la vie quotidienne, qui expliquait qu'on jouait en permanence un rôle, qu'on était toujours en représentation, que l'espace autour de nous est une sorte de décors. Gagman, un film sociologique ?  

Un homme, aux airs de Charlot, qui se présente aux inconnus comme étant réalisateur, passe en fait son temps à essayer de décrocher un rôle d'acteur. La rencontre d'une séduisante jeune femme, va le pousser à se lancer dans la réalisation, mais il doit d'abord trouver des fonds. Il embarque aussi dans l'aventure son barbier, qui rêve de devenir acteur. À partir de là, s'ensuit tout un tas de rencontres, de péripéties, de drames... 

Lee Myung-se par son film, va se positionner contre tout le courant « réaliste » coréen. En effet, un film ''réaliste'' dans son histoire et sa réalisation, reste une oeuvre de fiction, reste une illusion de réalité. Gagman va alors constamment nous questionner sur ce que l'on voit : tel personnage, telle scène, sont-ils réels ?  

Le film nous surprend constamment : telle scène que l'on croyait être la réalité, est en fait une scène de tournage. Telle gueulante est en fait de la comédie pour montrer ses talents d'acteurs. Un faux soldat est un vrai déserteur. Tel policier que l'on croyait réel est en fait un voleur déguisé. Etc. Le film porte ainsi un regard critique sur le cinéma contemporain. 

Gagman nous parle également de la société coréenne contemporaine. De sa fascination pour le cinéma, pour les stars. Les jeunes générations sont matérialistes, elles veulent la gloire, l'argent, un mari riche. Les anciennes générations dénoncent cette jeunesse (notamment le conducteur de taxi). Quant à notre personnage principal, il incarne cette société en plein bouleversement, en perte de repère. On lui demande en permanence : « Qui êtes-vous ? » Et il ne semble pas avoir de réponse. 

Il est ainsi symptomatique que la première image que l'on voit après le générique, est celle de Marylin Monroe, l'icône du cinéma. La première réplique est également claire : le barbier dit « Je rêve de devenir acteur ». Tandis que le taxi dit « Les jeunes d'aujourd'hui sont mal élevés ».  

Gagman est bel et bien un film sociologique, au sens où il analyse différents aspects de la vie en Corée : son cinéma, et sa population. C'est un film rare mais fascinant. Saisissez toute opportunité de le voir.'' 

Docteur Spider, 15/12/13

Voir M du même réalisateur, qui reprend les mêmes thématiques et pousse très loin la recherche esthétique.

 

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