Chine (La) - Chung Kuo

Chine (La) - Chung Kuo

Titre original: 
Chung Kuo Cina
Pays d'origine: 
Italie - Chine
Genre: 
documentaire
Éditeur français: 
Carlotta
Date de sortie originale: 
1972
Date de sortie en France: 
1973 (13 septembre)
Durée: 
220 minutes
Support: 
Cinéma - DVD
Prix: 
19,99€
Bonus: 
Interviews, livret

Avis

"Etant en pleine période "maoïste", je trouvai fort bien venue la sortie du film d'Antonioni sur l'Empire du milieu (Chung Kuo). Celui-ci a été tourné en 22 jours, dépendant de ce que les autorités voulaient bien montrer. Le film se compose de trois parties, se focalisant sur 3 zones géographiques : Pékin, le Heinan, Shanghaï. On y voit des scènes de la vie quotidienne, dans la rue, les cours, les écoles, les champs, les courts fluviaux, les défilés scolaires, les théâtres etc, dans de longues scènes.  

On a vraiment l'impression de suivre une visite guidée géographico-thématique pour touriste, avec des focus sur l'acuponcture, le taï shi, la grande muraille etc. Du coup on ne voit que des aspects calmes et serein d'un pays sensé être en pleine révolution. Comme expliqué en bonus, le grand bond en avant, et la violence du début de La révolution culturelle, sont derrière eux. Notre grand timonier, c'est Antonioni, qui de façon sporadique commente les images qui souvent se suffisent à elles-seules. Bref on est à la limite de l'ennui et on ne comprend pas trop pourquoi le film n'est jamais sorti en Chine. 

Afin de donner plus de contraste à La Chine, les bonus reviennent sur la création du film grâce à un collaborateur d'Antonioni (Carlo di Carlo), et "La Chine maoïste" (par Pierre Haski, qui a été correspondant pour Libé pendant plusieurs années). Le film a été commandé par Chu Enlai, dans un processus d'ouverture progressive du pays communiste au reste du monde. Malheureusement, les luttes de pouvoirs en haut de l'appareil d'Etat ont instrumentalisé le film qui est finalement passé à la trappe, car jugé contre-révolutionnaire. D'autre part Antonioni montre un pays à l'industrie obsolète, qui galère dans les champs, et où la majorité de la population n'a d'autres moyens que de se déplacer à vélo, bref un pays sous-développé, contrairement à l'image que voulait donner les dirigeants. Pierre Haski explique également qu'avant ce film, les seules images que le public avait de la Chine, c'était les rassemblements de masse place Tiananamen, défilant en ordre militaire. Point de tout ceci ici.  

Dans le livret, on pourra lire des documents d'époque, principalement un texte de Carlo di Carlo de 2004, un texte d'Antonioni intitulé "Est-il encore possible de tourner un documentaire ?" (1974), dans lequel il revient sur la "promo" (si on peut employer de tels termes) du film. Par exemple il a été très touché quand on l'a remercié d'avoir fait voyager le spectateur en Chine. Nous avons donc bien vu le même film  Il revient également sur ses rapports aux chinois, notamment ceux détenant le pouvoir que ce soit les autorités, ou les chefs de lieux (usines, villages). S'en suit un article extrait du Quotidien du peuple (1974), qui crache son venin sur le film. Là où l'article n'a pas tort, c'est qu'Antonioni ne montre que l'aspect vetuste (et solide !) de la Chine, pas l'aspect "de pointe" qui coexiste. L'article critique également Antonioni de ne pas être pro maoiste, de ne pas montrer "le chemin parcouru". Or Antonioni n'en était tout simplement pas capable : le réalisateur n'a pas interviewé les chinois, seuls à même de dire l'évolution, parce qu'il ne comprend pas leur langue.  

Pour ma part, la position historique du film m'intéressait beaucoup, mais au final, la visite guidée manque de saveur. J'aurai aimé un truc plus tranché politiquement." 

Docteur Spider, 01/07/09

Voir aussi Breaking with old ideas

 

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