Super Polifilo, projet vidéoludique franco-japonais

Super Polifilo, projet vidéoludique franco-japonais

Lors de la dernière Nuit Blanche des Arts sur Paris (le samedi 1er octobre 2016) les visiteurs avaient l'occasion d'aller voir gratuitement à travers un parcours de nombreuses oeuvres artistiques. Projections, performances, expositions…
Je n'en suis pas une grande habituée mais j'ai eu l'occasion de m'y rendre avec des amis. À notre passage devant le Théâtre du Châtelet, nous y faisons une escale pour une projection du nom du Super Polifilo. Il s'agit d'un projet de jeu vidéo présenté sous forme de court-métrage d'animation qui réinterprète l'oeuvre de littérature classique le Songe de Poliphile. Pour nous mettre dans l'ambiance, l'entrée du théâtre comportait une statue de Pulcino, créature issue de Super Polifilo, qui devait bien mesurer plus d'un mètre quatre-vintgs de haut. 

 

Son auteur, Nicolas Buffe, est issu de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il quitte la France pour le Japon en 2007 où il poursuit ses recherches en arts appliqués à l'Université des Beaux-Arts de Tokyo et explore la culture pop japonaise. Une passion qui débuta dans son enfance lorsqu'il regardait X-Or, sans savoir à l'époque l'origine japonaise du dessin animé. Il est aujourd'hui exposé aussi bien au Japon qu'en France dans de prestigieuses galeries d'arts et Musée. Parmi ses expositions compte notamment au Musée d'Arts Contemporains de Hara (à Tokyo) une déjà dédiée à ce projet, nommée Polifilo no Yume - The Dream of Polifilo. De plus, cette vidéo a également été projetée au Japon où se déroulait aussi une Nuit Blanche. 

 

Pour Super Polifilo, nous découvrons une sorte de résumé de l'histoire de ce jeu sur une vingtaine de minutes. Un conte pour enfants, où se mêlent rêves à la Alice aux Pays des Merveilles et une romance innocente. On y suit aussi la thématique épique d'un élu qui va affronter mille périls pour sa quête.
Ce métrage alterne entre cinématiques explicatives de l'histoire et de l'univers, et phases de jeu montrant le parcours de Polifilo. Un modèle qui reprend bien évidemment le mode de narration classique des jeux vidéo. Nous sommes dans du jeu de plateformes dans la plus pure tradition de l'art tel un Super Mario Bros.. Polifilo saute, grimpe aux échelles, évite des obstacles, déplace des objets pour se créer des chemins et passerelles, trouve des passages secrets… La jouabilité semble un peu limitée d'après cette démonstration. Il est amusant aussi de remarquer que Polifilo est foncièrement pacifiste puisqu'il n'a pas d'actions d'attaque et doit fuir les créatures qui lui voudraient du mal. Cependant, la force réside dans le style graphique, et il est tout à fait possible que l'expérience visuelle constitue l'intérêt principal d'un jeu et que la jouabilité ne serve qu'à l'immersion dans le monde dessiné. Nous aurions là donc davantage une aventure graphique et interactive plus que réellement ludique.
Polifilo évolue dans un décor aux multiples facettes, peuplé de chimères et architectures oniriques, rappelant parfois les temples et bâtisses grecs. Le choix du noir et blanc sans nuance de gris vient renforcer cette dimension irréelle dans laquelle nous voyageons. On pourrait croire au premier abord que le graphisme pourrait être fouillis, mais il se révèle habilement lisible et limpide.  


Voir ce paysage se dérouler sur grand écran était un ravissement! Qu'il me démangeait de pouvoir diriger notre héros une manette à la main sur cet écran de cinéma!

Sans que l'on puisse concrètement définir de titres précis comme sources d'inspiration, le style de dessin se trouve à la croisée de la bande-dessinée franco-belge et le manga. D'ailleurs, toute la vidéo doublée en français est sous-titrée en japonais, manifestant de la volonté de l'auteur de créer une passerelle avec ces deux pays. Son imaginaire et le character design du héros ont aussi de quoi rappeler le Petit Prince.
Comme accompagnement musical, nous avons droit à des compositions par Mono. Sans paroles, ces percutants morceaux viennent rythmer les différents chapitres du jeu. Peut-être même un peu trop intense parfois par rapport aux scènes montrées mais fort appréciables. En effet, on aurait pu s'attendre à des mélodies de boîtes à musique pour ce genre de vidéo, mais ces musiques electro donnent une certaine dynamique qui interpellent davantage. 

Super Polifilo demeure donc une curiosité digne d'attention pour tout fan de fantastique tout en douceur et de jeu de plateformes. Comme vous avez pu le voir, nous retrouvons ici tous les éléments qui caractérisent l'oeuvre originale, le rêve, la quête du héros pour l'élue de son coeur, des décors merveilleux, un bestiaire chimérique...
Pour l'instant, ce projet n'a pas encore trouvé d'éditeur pour le développer. On espère qu'il verra le jour à l'avenir, les collaborations entre le Japon et la France en matière de jeu vidéo restant rares (presque inexistantes ?) pour le moment. À défaut de pouvoir passer par les voies classiques de boîtes de développement de jeu vidéo, Nicolas Buffe trouvera peut-être une solution dans une campagne Kickstarter pour déployer Super Polifilo sur consoles et autres supports de jeux? 

Pour en découvrir plus sur le travail de Nicolas Buffe: http://nicolasbuffe.com/

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