Docteur Spider - Dimanche 08 décembre 2013, à 14:56

Lee Joon-ik, interview [FFCP 2013]

LEE Joon-ik, le réalisateur du Roi et le clown (12 millions d'entrées, un des 5 films les plus vus du pays ! ), était présent en France début novembre, afin de présenter son film Hope, sorti à peine trois semaines plus tôt en Corée. 

L'interview a été conduite avec Tommy, rédacteur de mate-ce-film. Cliquez ici pour lire la partie consacrée à son nouveau drame.  

Nous tenons à remercier toute l'équipe du Festival du Film Coréen à Paris, sans qui cette rencontre n'aura pu avoir lieu. En particulier, Marion Delmas, attachée de presse du festival, qui a assuré toute la logistique, et Yoo Dong-Suk, directeur du festival, qui s'est chargé de la traduction.

Dans cette interview, Lee Joon-ik revient sur Blades of blood, une sorte de Zatoichi coréen, sur sa façon de faire ses films, et nous parle de sa passion pour d'Alejandro Jodorowsky.  

ShoShoSein : Je voudrais commencer cette interview en vous posant quelques questions sur Blades of blood (2010). Comment s'est passé la création du film ?

Lee Joon-ik : J'ai moi même choisi d'adapter ce titre, mais je l'ai adapté librement : Le manhwa original est une quête initiatique, martiale et spirituelle, du personnage principal qui évolue pendant la dynastie Joseon. Mon approche, ça a été de refléter la situation politique contemporaine en Corée : le conflit entre progressistes et conservateurs quand Lee Myung-bak était le président (2008 - 2013) 

SSS : Qu'est-ce que vous avez voulu exprimer de la situation actuelle de la Corée, à travers des fictions qui se déroulent dans le passé ?

LJI : Dans Once Upon a Time in a Battlefield (2003) je voulais traiter du conflit entre les régions est et ouest. Le roi et le clown (2005), il s'agissait des conflits de classe au travers des deux personnages énoncés dans le titre. Avec Battlefield Heroes (2011), ce qui m'intéressait c'était sur le conflit entre les deux Corées.

SSS : Au vu de la fin de Blades of blood, je me demandais quel était le message du film.

LJI : Le conflit entre progressiste et conservateur que je dénonçais dans le film en 2010, continue aujourd'hui. Ce conflit n'est pas orienté vers l'avenir. Ces hommes politiques sont enfermés dans des idéologies du passé. Avec cette fin, je voulais exprimer mon pessimisme sur la situation actuelle de la Corée du Sud. 

SSS: Pour continuer sur une note plus positive, vous alternez entre films historiques pessimistes en costume et films musicaux optimistes, est ce que je me trompe ?

LJI : Mes films historiques sont des satires, qui traitent de la situation politique actuelle. Mes films contemporains parlent aussi de la société : mes personnages sont des hommes qui ont passé la quarantaine, qui partagent la même blessure, posée par la société : Jusqu'à récemment, les hommes portaient le poids économique de la famille. Il y a une pression, surtout économique, énorme sur eux. Depuis quelques temps, les femmes ont aussi ce ''poids'' économique. La situation de ces personnages est basée sur la réalité. Ces films ne sont pas sur la musique, mais la musique est un moyen d'arriver à surmonter cette blessure. 

SSS : Est-ce que vous avez des réalisateurs favoris ?

LJI : J'aime beaucoup le travail d'Alejandro Jodorowsky. En Corée, j'ai distribué Santa Sangre (1989). J'ai perdu de l'argent avec ce film (rires). J'ai eu l'occasion de rencontrer Alejandro il y a quelques temps en Corée. Je lui ai dit que j'avais importé son film Santa Sangre et que j'avais perdu beaucoup d'argent. Jodorowky m'a répondu que tout le monde avait perdu de l'argent avec ce film. Il m'a aussi dit qu'il a aimé le Roi et le clown. Il l'a trouvé assez étrange que le réalisateur du Roi et le clown ait importé son propre film.  

SSS : Dans une interview, Jodorowky expliquait justement qu'il ne faisait pas de films pour gagner de l'argent, mais qu'il faisait des films pour perdre de l'argent. Comment ça se passe l'import de film en Corée ? Par exemple, vous avez importé et distribué Taxi, comment ça s'est passé ?

LJI : Taxi, je ne l'ai pas aimé, mais il m'a rapporté beaucoup d'argent (rires). Je l'ai découvert au marché du film à cannes. J'ai contacté Luc Besson directement pour lui dire qu'il voulait l'acheter. Je l'ai acheté. Comme j'avais une maison de distribution indépendante, j'ai pu distribuer Taxi. Bien sûr il y a la concurrence des studios américains installés en Corée, mais il y aussi de la place pour les indépendants.  

SSS : Quelle est la suite ? Avez vous déjà des projets de films ?

Je n'ai aucun projet. Chaque fois que j'ai eu des projets à l'avance, ça m'a fait perdre de l'argent (rires) donc je préfère faire les films à l'improviste.  

 

Filmographie de Lee Joon-ik
2013 : Hope
2011 : Battlefield Heroes
2010 : Blades of blood
2008 : Sunny
2007 : The Happy Life
2006 : Radio Star
2005 : Le roi et le clown
2003 : Once upon a time in a battlefield

 

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