Faut qu’ça bouge! 2016 spécial clips d'animation japonaise

Hanoko - Samedi 19 novembre 2016, à 23:26

Faut qu’ça bouge! 2016 spécial clips d'animation japonaise

Le week-end du 21 octobre s'est déroulée la troisième édition de l'événement artistique Faut qu'ça bouge!. Il s'agit d'un concours de clip musicaux d'animation qui se conclut par des séances de projections des participants retenus, ainsi que des conférences et focus sur l'actualité de cet art. Cette année, les organisateurs nous présentaient une thématique spéciale clip musicaux japonais! 

Le vidéo clip est généralement vu comme une simple publicité pour un morceau d'un chanteur ou d'un groupe. Mais nous savons aussi que certains d'entre eux sont de véritables oeuvres cinématographiques par leur qualité visuelle, de scenario, etc. On voit certains clips durer presque le double du temps de la chanson qu'ils promeuvent tant leur concept est poussé loin. On citera notamment les clips de Mylène Farmer qui met toujours le paquet à ce niveau. Cependant, le clip d'animation est un genre encore moins en vue dans le monde de l'art. On a bien eu quelques chef d'oeuvres tels que The Wall des Pink Floyd qui inclut des parties en animation, reconnu dans le monde entier, mais cela reste marginal. Faut qu'ça bouge! s'attèle donc à mettre en avant ce format du cinéma d'animation un peu omis mais qui ne manque pas de richesse! 

Cette édition s'est déroulée sur trois soirs. Le vendredi 21 octobre se consacrait à Interstella 5555, le film d'animation scellant la collaboration entre les Daft Punk et Leiji Matsumoto (auteur de Capitaine Albator, le pirate de l'espace, mais était-il besoin de le présenter ;)? ). Après que les Daft Punk bouclèrent leur album Discovery en 2001, le projet de clips d'animation prévu en même temps fut mis en chantier. Le manager du groupe de l'époque, Pedro Winter, avait reçu le script des douze mini-épisodes correspondant aux morceaux de l'album. Leiji Matsumoto, parmi les réalisateurs choisis, accepta le projet. Après une projection du film, s'ensuivait une conférence sur cette surprenante combinaison de talents entre France et Japon. Je n'ai malheureusement pas pu y assister. 

 

Deuxième soir, le samedi 22 donc, était consacré à la projection des vidéos retenues pour le concours, l'annonce du vainqueur et une présentation du vidéo clip d'animation au Japon. Une soirée présentée par Alexis Hunot, enseignant en école d'art et organisateur du festival du film d'animation à Paris.  

Dans l'univers du cinéma d'animation, le clip musical d'animation occupe une place assez à part. Il est la plupart du temps issu de commandes d'artistes musicaux. Dans les festivals d'animation, les clips d'animation sont présentés dans une rubrique dédiée mais ils n'avaient avant Faut qu'ça bouge! jamais eu de festivals spécialement dédiés à eux. Le vidéo clip existe depuis des décennies bien sûr. Cependant, il connut un très fort boom dans les années 80-90 avec l'essort de la châine MTV à laquelle était très lié Micheal Jackson. Le clip d'animation avait suivi la tendance en hausse, avant de reconnaître une baisse par la suite, faute de moyens. L'intérêt pour cet art reprend de l'ampleur aujourd'hui. 

Dans le cadre de ce troisième concours Faut qu'ça bouge!, la plupart des réalisateurs sont des élèves fraîchement diplômés d'écoles d'animation (Les Gobelins, l'ENSAD, Estienne, etc.), ou en passe de l'être. Mais il y en avait quelques uns, néophytes de l'animation, qui pouvait être graphistes au départ qui se sont lancés dans l'aventure pour l'occasion, apprenant sur le tas ou bien confiant le travail d'animation à des spécialistes et se réservant la direction globale du clip.
Généralement, ce sont les chanteurs et groupes de musique qui ont pu voir, par le biais de festivals notamment, les travaux et qui ont apprécié la patte qu'ils ont vue. Ils les contactèrent ainsi pour se lancer dans cette collaboration. Ce qui ressort de la production de ces vidéoclips est en général un budget très limité, ou s'il est existant c'est rarement les réalisateurs de clips qui en voient la couleur. À l'inverse, la réalisation de clips d'animation laisse très souvent une très grande liberté d'interprétation aux animateurs. Ils voient ainsi là une belle occasion de renforcer leur bagage artistique et de réaliser ponctuellement comme un court-métrage d'animation avec peu de contrainte. La première partie est constituée de clips sans réel lien avec l'animation japonaise, dans le cadre du concours annuel, pour les curieux voici la liste: 

-Can you do It de Charles X réalisé par Quentin Bailleux
-Les Cinq Lunes des Raisin Secs, réalisé par Léa Fabreguettes
-Fou à lier de Feu! Chatterton réalisé par Nicolas Hu et Maïté Grandjouan
-Ginger Beer de Et toto Café réalsié par Ornella Macchia et Simon Medard
-Gravité de Flavien Berger réalisé par Céline Devaux
-If you want me to de Dog Guilty Party réalisé par Damien Raynaud
-Lone Digger de Caravan Palace réalisé par Double Ninja

-Les Mains Froides de Oldelaf réalisé par Camille Alméras
-Le Monde est Sourd de Célestin réalisé par Chaïtan Conversat
-The Most Exciting Thing d'Albert réalisé par Eva Münnich
-Staring at the Lines de Buvette réalisé par Félicien Colmet-Daâge et Ludovic Versace
-Tropicool de GaBlé réalisé par Marie Larrivé et Lucas Malbrun
Cette première partie s'est donc achevée sur la remise du prix, accordée au clip Les Mains Froides en première place et à Can you do it en seconde.

 

Place ensuite à la deuxième partie de la soirée, dédiée aux clips d'animation japonais. Petite déception d'avoir vu quasi la moitié du public quitter la salle, venu seulement pour la remise des prix. Un manque de respect envers les organisateurs de la soirée qui ont travaillé le contenu des projections, mais aussi un manque d'ouverture d'esprit comme s'ils n'étaient pas intéressés de voir ce qu'il se faisait ailleurs. Passons, l'équipe de Shoshosein s'est régalée de la sélection qui a suivi!
Retracer l'histoire du vidéo clip d'animation au Japon est une tâche ardue par le manque de documentation existant sur le sujet. On sait qu'au Japon, l'animation prend une place prépondérante, les films d'animation se placent très souvent au top des box-office. En revanche, le clip d'animation reste marginal et pourvu de bien moins de moyens financiers. Parmi les réalisateurs les plus connus, on sait qu'Osamu Tezuka a fait quelques clips. C'est pourquoi la séance a enchaîné sur plusieurs extraits parmi lesquels : 

-On your mark de Chage & Aska réalisé par Hayao Miyazaki

-Je t'aime de Glay réalisé par Mamori Oshii
-4-Day Weekend de Bluetones réalisé par Koji Morimoto
-Une prestation scénique de Miku Hatsune, la plus célèbres de Vocaloids
-Un clip du groupe de musique Hifana dont la plupart des clips sont en animation
-Copy de groupe Kaisoku Tokyo réalisé par Takahiro Yasuda
-Wonder par Les Pascals réalisé par Mirai Mizue (qui était un cas particulier car la musique a été faite pour ce clip) 

Je n'ai malheureusement pas eu le temps de noter tous les noms des tous les extraits, mais ils donnaient déjà un bon aperçu de ce qui pouvait se faire en matière de clips d'animation au Japon. Pour cette première liste, par manque de temps dans la séance et aussi par difficulté d'obtenir les droits de diffusion, ils n'avaient pas été diffusés en entier. Mais voici la suite du programme où nous avions pu découvrir des clips en entier: 

-Airy Me de Cuushe réalisé par Yoko Kuno
-Amefuri Kumanoko de Tomoyo Harada et Keiichi Suzuki, réalisé par Koji Yamamura
-Baloney Speaker de Sasono Maly réalisé par Atsushi Makino
-How Low Sympathy de Scenarioart réalisé par Decevocal
-Life is Music de Sour réalisé par Masashi Kawamura et Kota Iguchi

-Me!Me!Me! de Teddyloid et Daoko réalisé par Hibiki Yoshizaki

-Monotonous Purgatory de Matryoshka réalisé par Saori Shiroki
-Poker de Shugo Tokumaru réalisé par Mirai izue et Yukie Nakauchi
-Rinkaku de Dir En Grey réalisé par Keita Kurokawa

-Super Smooth de The GFS réalisé par Atsushi Makino
Un superbe kaléidoscope d'animation qui s'était donc déroulé ce soir. Dommage que pour cette deuxième partie les clips n'avaient pas été présentés un par un par une courte introduction, pour avoir bien la possibilité de s'imprégner de chacun au lieu de tout enchaîner.  

Troisième et dernier jour qui s'articule aussi en deux parties, d'abord des clips d'animation français inspirés de près ou de loin de l'animation japonaise, puis d'autres clips réalisateur par des animateurs japonais. Cette fois, la séance était présentée par Marc Aguesse, créateur du site Catsuka et en présence des réalisateurs français sélectionnés pour cette projection :
-Fantasy de DyE réalisé par Jérémie Périn, vous savez ce clip qui a fait un énorme buzz sur la toile pour sa brutalité inattendue

 

-Into The Night de Nero réalisé par Markus Lundqvist et Daniel Stephens
-Kimiko de F.abot réalisé par l'Atelier collection Zorobabel
-Let Go de The Japanese Popstars réalisé par David Wilson
-Shanon (remix Lepolair) de MIND réalisé par Simon Mesnard
-Think I don't de The8thStep réalisé par Simon Mesnard et Armel Domagala
-Vita d'altri de Subsonica réalisé par Marco Pavone
-Brother de Stuck in the Sound réalisé par SE7EN (un groupe de taggueurs à l'origine qui se sont lancés dans l'animation avec un diplômé des Gobelins spécialisé dans le FX, le clip a été pensé comme un faux générique d'anime en confluent de multiples univers)
-Anvil de Lorn réalisé par Geriko (un clip dont le concept est un réseau social dont on ne peut accéder qu'une fois mort avec des procédures de suicides légales)
-Un vrai visage de Janski Beeeats réalisé par lui-même, un autodidacte du flash et After Effects et compositeur qui a voulu exprimer ici son rêve d'être un personnage rockstar. Dead Leaves fut l'une de ses influences pour ce clip 

Malheureusement pour cause d'intempérie je n'ai pas pu assister à toute la première partie, donc pas plus de détail.  

Pour la deuxième partie il s'agit de clips réalisés par des japonais mais commandés par des artistes internationaux. Et l'on aura de tout. Des clips contemplatifs, des clips d'aventure plutôt mainstream, des expérimentations, des purs délires. À nouveau, si certaines commandes génèrent des oeuvres animées assez classiques, on peut voir pour d'autres une très grande liberté d'expression qu'il n'est pas possible ailleurs. Une autre sélection éclectique étonnante: 

-It Girl de Pharrell Williams réalisé par Fantasista Utamaro

-Good Morning de Kanye West réalisé par Takashi Murakami (anciennement styliste qui a réalisé de nombreux designs pour la mode, il a notamment designé anonymement les costumes des personnages de Summer Wars, on compte aussi deux courts-métrages pour Louis Vuitton tels que Superflat Hologram)
-Œil du Cyclone (L') de Ez3kiel réalisé par Masanobu Hiraoka
-On & On de Cumhur Jay réalisé par Akihiko Taniguchi

-Peut-être toi de Mylène Farmer réalisé par le studio Production I.G.
-Slowly Rising de Beatsofreen réalisé par Hideki Inaba

-To Disappear de Your gay Thoughts réalisé par Densuke28 

 

Voilà, je n'en dis pas plus sur chacun des clips dont je vais sûrement faire des chroniques pour chacun. Je ne peux que vous inviter à aller découvrir ou redécouvrir tous ses animateurs japonais et ceux qui sont inspirés d'animation japonaise. On y découvre de vrais petits bijoux atypiques visuels, ce qui est paradoxal. D'habitude, on voit le clip vidéo comme un pur produit commercial destinés uniquement à faire la promotion d'un morceau à quelques exceptions près. C'est donc très intéressant de voir que ce format est l'occasion pour des animateurs de réaliser comme des courts-métrages d'auteur, très personnels, ayant le plupart du temps carte blanche pour réaliser le clip.
C'est aussi l'occasion d'explorer l'oeuvre d'artistes musicaux qu'on ne connaissait pas toujours au départ. Car oui, n'oublions pas que malgré la thématique de mettre en avant le travail d'animation pendant ces trois jours de projections, c'est aussi l'occasion de se refaire la playlist! Un cercle vertueux entre deux pans de l'art. En tout cas, cet événement annuel Faut qu'ça bouge est une très bonne initiative, rendez-vous l'année prochaine. 

Commentaires

Inscrivez-vous ou connectez-vous à votre compte pour laisser un commentaire.

Vous êtes ici